Bienvenue au Péquistan !

Le jeudi 2 mai 2002

Russel Bouchard

Réserve blanche de Saguenay, Mamuitun

C'est un peu comme si on m'annonçait que le pays venait d'être emporté par un puissant raz-de-marée au cours de la nuit, et qu'il ne restait plus que vase et détritus ! Le journal Le Soleil, à sa une du samedi 27 avril, nous apprend que le traité avec les Innus a été paraphé par Québec (ou plutôt par le gérant du gouvernement du Québec, Louis Bernard, la main blanche dans le carquois autochtone). Et du même souffle, Le Quotidien enchaîne avec une autre nouvelle, faisant que les Montagnais de Mashteuiatsh sont en train de conclure une entente de partenariat avec Alcan pour l'utilisation des cours d'eau à des fins hydroélectriques; après avoir signé des ententes tout aussi lucratives avec Hydro-Québec, les forestières et les diamantifères qui s'activent présentement à varloper les cimes des monts Otish, leur soi-disant terre sacrée, à la recherche de quelques vulgaires cailloux !

Louis Bernard, éminence grise du gouvernement péquiste, celui pour qui tout le territoire du Québec est négociable avec les Indiens.

Louis Bernard

Louis Bernard

 

À peu de chose près, en termes de reconnaissance et de considération collective, c'est ce qu'il aurait fallu aux 278 000 «personnes ressources» (sic) décrétées par Québec pour fabriquer pays et faire renaître l'espoir en cette contrée.

Pendant qu'à Alma le premier ministre Landry, flanqué des
Le Péquistan ministres Trudel et Boisclerc, joue du violon et vaticine sur l'avenir des régions pour tenter de masquer son incompétence à gouverner; pendant que dans les bureaux feutrés du consul de France à Québec, capitale du pays de Péquistan, l'ex-ministre péquistanaise Jeanne Blackburn reçoit la Légion d'honneur pour ses efforts couronnés de succès dans son projet de vidange des bibliothèques publiques; pendant que nos députés de goguette (Stéphane Bédard, André Harvey et consorts) distribuent, à hue et à dia, des chèques de 50 $, de 100 $ et de 1000 $ aux organismes communautaires pour montrer qu'ils soutiennent le développement chez nous (!), un journal de Québec annonce, comme s'il eut été de la combinaison gagnante de la loterie d'État, que 2000 habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean plus autochtones que d'autres (moins de 1 % de notre population régionale) récupèrent la caisse et s'emparent du pays, le nôtre, sans que nous n'y puissions rien, sans même avoir été informés ni consultés par nos propres chefs.

 

Le PQ s'engage...

«Un gouvernement du Parti Québécois se doit d'associer et de faire participer, au niveau décisionnel, les populations locales et régionales concernées à toute négociation d'entente avec les autochtones.»

 Source : Programme du PQ

 

Nous voilà donc officiellement passés, sans soubresaut aucun de la part de nos élus de tous niveaux et par la plus grande malversation qui soit de la part de nos gouvernements, du statut de colonisés à part entière à celui de réfugiés en terre indienne, de peuple itinérant, clochardisé ad perpetuam, condamné au salut public et à la mendicité.

Pour les petits entrepreneurs forestiers qui n'avaient peur de la chose que pour leurs chemins de garettes (débusqueuses) et qui sont loin de fantasmer sur les formes du sens commun, pour ces propriétaires de chalets qui se sont montrés angoissés à l'idée d'être ou de ne pas être dans la ligne du pays innu au lieu de s'inquiéter du pays, eh bien rassurez-vous, vous y êtes, absolument, entièrement, et pour longtemps...

Encore une fois, la carte politique du Québec est à redessiner : après avoir perdu le Labrador aux mains des Terre-Neuviens et abandonné toute prétention sur les enclaves mohawks laurentiennes, il lui faudra maintenant soustraire les territoires des Cris de la Baie James, des Innus du Saguenay-Lac-Saint-Jean et des Papinachois de la Côte-Nord qui prennent le large grâce à la trahison, à l'insignifiance et à la lâcheté de nos représentants politiques. Et les municipalités blanches deviennent, par voie de conséquence, des réserves blanches en territoire indien, inféodées envers le Nitassinan mamuitun.


Autrement dit, le Québec, passé maître dans les marchés de dupes, sans aide aucune des Anglais, mais sans aucun doute à la grande joie des disciples de Durham qui logent au sommet des grandes tours à Ottawa et à Toronto, vient de se couper lui-même du pays qu'il disait vouloir construire, et passe, pour l'essentiel, sous protectorat fédéral perpétuel puisque les Indiens lui sont assujettis au premier titre en vertu de la Constitution du pays.

Tant de palabres futiles sur la nation et trois référendums sur le pays, pour en arriver là ? Si quelqu'un de malveillant voulait la fin de la nation québécoise et la perte du Québec, il n'aurait pu espérer mieux ni faire dans le plus efficace.

Source de l'information : Le Soleil


Voir aussi :

Les Innus-montagnais

Questions au ministre des Affaires «autochtones» du Québec

 

 

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