Qui était J. S. Bourque?

Texte de Fernand Drapeau

1999

L'honorable J. S. Bourque

Député de Sherbrooke
à la législature de Québec (1935-1960)

Une grande figure de notre histoire locale et régionale
J. S. Bourque

Avertissement:

Dans son calepin du flâneur, Félix Leclerc écrivait :
«Certains parlent sans penser, d'autres pensent sans parler».

Les réflexions que comporte cette biographie sont essentiellement basées sur les connaissances de la vie personnelle et professionnelle de monsieur J. S. Bourque dont j'ai été le secrétaire particulier de l950 à l960.

Monsieur Bourque est décédé le 5 mars l974 et ce texte est soumis au grand public en l999, vingt-cinq ans plus tard.

Deux raisons justifient mon intervention.
La première, c'est que j'ai bien connu celui qui a été député de Sherbrooke de l935 à l960. Je suis donc en mesure de parler en connaissance de cause de ses faits et gestes durant les dix dernières années de sa vie politique et active.  Les contemporains de monsieur Bourque sont peu nombreux à Sherbrooke, et rares sont ceux qui pourraient porter un témoignage sur cet homme de grande valeur.

La deuxième raison qui, me semble-t-il, nous impose d'honorer dignement monsieur Bourque en inscrivant son nom dans l'histoire, se fonde sur ce que je considère notre obligation collective de perpétuer sa mémoire de façon unique, exceptionnelle et significative.

Qu'il me suffise de rappeler que monsieur Bourque nous a laissé un héritage incomparable, l'Université de Sherbrooke, un des plus précieux et prestigieux fleurons de notre belle ville et du grand territoire sur lequel elle rayonne.

Quarante-cinq ans après la création de cette université et vingt-cinq ans après le décès de monsieur Bourque, reconnu à juste titre comme le père de cette institution, ne serait-il pas légitime, juste et raisonnable que Sherbrooke témoignât sa reconnaissance en donnant à l'artère principale de la ville, le nom de boulevard J. S. Bourque ?

D'autre part, je voudrais souligner le fait que mon insistance depuis vingt-cinq ans à réclamer ce geste public de gratitude ne procède pas uniquement de mon attachement pour l'homme admiré dont je fus le secrétaire durant dix ans, mais également d'une soif de justice et d'un intérêt pour la toponymie.

La suggestion d'honorer dignement le nom de J. S. Bourque résulte exclusivement de mon désir de perpétuer les valeurs que cet homme insigne a défendues et dont je veux témoigner. Dans une brochure publiée en l973, j'ai écrit : «Si on n'honore pas ceux qui ont mérité, qui méritera d'être honoré? »
 

Fernand Drapeau


Autorisation préalable

Les détails biographiques qui suivent ont été portés à la connaissance de Madame Fernande V. Bourque qui, par la présente, en autorise la publication sans aucune autre obligation.

Sherbrooke
Le 27 octobre 1998


L'honorable J. S. Bourque député de Sherbrooke à l'Assemblée nationale du Québec

1935-1960 

-Ministre des Travaux publics      1936-1939

-Ministre des Terres et Forêts     1944-1958

-Ministre des Finances                  1958-1960

-Parrain de la loi créant
 l'Université de Sherbrooke          5 mars 1954

 

Chapitre 1

Biographie:

Une première biographie, parue en l960 sous la plume de monsieur Paul de Villebrin Fréchette, a mis en relief les oeuvres et réalisations du député de Sherbrooke qui fut ministre dans le cabinet du Premier Ministre l'honorable Maurice Duplessis durant toutes les années où l'Union nationale a été au pouvoir c'est-à-dire de l936 à l960. Cette biographie a été publiée à l'occasion du 25e anniversaire de vie politique de monsieur Bourque, élu la première fois le 25 novembre 1935, sous la bannière de l'Union Nationale qui n'a pas pris le pouvoir à l'occasion de cette élection, mais seulement neuf mois plus tard, soit le l7 août l936.

Cette nouvelle biographie de monsieur Bourque est rédigée vingt-cinq ans après son décès survenu le 5 mars l974. Elle se veut objective. Contrairement à la première, elle ne portera pas surtout sur les oeuvres et réalisations du député de Sherbrooke mais plutôt sur l'homme lui-même.  Cette personnalité unique et exceptionnelle dans notre histoire locale et régionale mérite d'être mieux connue afin que ses oeuvres et réalisations soient aussi mieux appréciées. Dans cette perspective, le récit de ses mandats, de ses responsabilités et de ses actions en faveur de ses commettants, de sa ville, de son comté, de sa province et de son pays sera fait pour rendre justice au politique d'envergure qu'il fut, au militaire honorable qu'il a été et au commerçant prospère qui a mis ses talents au profit des siens.

Il est pertinent de souligner que l'honorable Alexandre Taschereau a été Premier ministre du Québec de 1920 à 1936 (16 ans) ; que l'honorable Adélard Godbout lui a succédé en l936 durant une courte période de neuf mois et que l'honorable Maurice Duplessis, à la tête du nouveau parti, l'Union Nationale, a dirigé la province de Québec durant un premier mandat de 1936 à 1939. L'honorable Adélard Godbout a repris le pouvoir de 1939 à 1944 et l'Union Nationale a repris les rênes de l'administration provinciale jusqu'à la mort de Maurice Duplessis le 7 septembre l959. L'honorable Paul Sauvé succéda à son chef, mais pour une courte période d'une centaine de jours puisqu'il est décédé le 2 janvier l960.

C'est l'honorable Antonio Barette, ministre du Travail sous le régime de l'Union nationale qui, le 22 juin l960, céda le pouvoir à l'honorable Jean Lesage, ex-ministre fédéral  des Ressources économiques et du Grand Nord (l953) devenu chef du parti libéral provincial le 31 mai l958.

L'honorable J. S. Bourque, élu pour la première fois le 25 novembre l935 a, quant à lui, été réélu six fois consécutives, c'est-à-dire en 1936, 1939, 1944, 1948, 1952, et 1956. Le grand balayage par le parti libéral, en l960,  amena monsieur Bourque à prendre une retraite bien méritée  à l'âge de soixante-six ans.

Il profita plus ou moins de cette période puisque sa santé, rudement éprouvée durant sa vie active, demeura fragile et inquiétante. Tantôt à sa résidence d'été au Lac Aylmer, près de Disraéli, tantôt dans sa demeure de Sherbrooke, il vécut encore quatorze ans et mourut le 5 mars l974. Il aurait atteint l'âge de quatre-vingts ans, six mois plus tard.

Même si j'ai agi comme secrétaire particulier de l'honorable J. S. Bourque durant les dix dernières années de sa carrière politique (1950-1960), j'entends écrire une biographie dénuée de toute partisannerie pour assurer l'honnête crédibilité que mérite le sujet. Il m'apparaît important de souligner immédiatement les origines françaises et irlandaises de monsieur Bourque.

Par son père, Théophile A. Bourque, celui qui signera toujours J. S. Bourque, sera d'ascendance paternelle française. Par sa mère, dame Mary-Jane McGowan, il manifestera toujours ce caractère typiquement irlandais. Souvent les gens demandent la signification des initiales J. S.  qui précèdent son nom de famille. Voici la réponse : «J» pour John et «s» pour Samuel. On devinera que John doit avoir été le choix maternel et Samuel, le choix du père.

Plus encore, on peut, à raison, soupçonner que monsieur Bourque a dû apprendre à parler anglais sur les genoux de sa mère tandis qu'il aurait appris le français à l'école et avec ses compagnons de jeunesse. Il faut reconnaître que monsieur Bourque s'exprimait dans un français courant où un interlocuteur n'aurait pas nécessairement décelé la trace d'une formation anglophone. Par ailleurs, les anglophones pouvaient facilement croire que, peut-être, monsieur Bourque ne parlait pas français puisqu'il représentait un comté reconnu, il y a cinquante ans, comme un comté «anglophone». A titre  d'exemple, cet incident que j'ai vécu un jour en demandant au magasinier du Ministère des Terres et Forêts de me remettre du papier correspondance avec en-tête du Ministère pour le bureau de monsieur Bourque à Sherbrooke. Quand j'ai ouvert les deux paquets de papier, j'ai constaté que l'en-tête requis ne comportait aucun mot français. Lorsque je les ai échangés, le magasinier s'est dit étonné d'apprendre qu'on utilisait le français dans la correspondance à Sherbrooke. Pourtant, la proportion de la correspondance anglaise, à Sherbrooke, à cette époque, représentait peut-être 5% de l'ensemble du courrier.

Chapitre 2

Carrière militaire :

Qui dit «irlandais » dit aussi «catholique », du moins à l'époque où on se réfère. On aurait dit la même chose en parlant des Québécois. Il ne faut donc pas se surprendre qu'après son cours primaire, le jeune Johnny Bourque se soit dirigé directement au Séminaire de Sherbrooke, pépinière de vocations, où il entreprit un cours classique. Sa mère espérait-elle, comme ses tuteurs au Séminaire à cette époque, que le jeune Bourque choisisse, ultimement, de devenir prêtre ?

Nul ne le saura jamais. Ce que l'on sait toutefois, c'est que l'étudiant a troqué le béret scolastique pour le képi militaire.

Au premier abord, cela semble le choix le plus facile car il pourrait être plus simple de manipuler des armes que  de maîtriser le grec et le latin ! Qu'à cela ne tienne, car les exigences disciplinaires de la vie militaire, les conditions précaires d'existence et l'avenir incertain exigeaient non seulement beaucoup de courage mais aussi de la détermination, le sens du devoir et la volonté de servir son pays. L'histoire du soldat Bourque, devenu  le colonel J. S. Bourque, prouve à l'évidence que ce choix de carrière était tout indiqué pour cet homme d'action. Ses actes de courage et ses multiples décorations militaires attestent de sa valeur. Son leadership et des promotions constantes démontrent qu'il possédait le jugement requis pour ce service. La durée même de sa carrière militaire, près de cinquante ans, et les responsabilités qu'il a assumées durant tout ce temps, en ont fait non seulement un militaire de qualité, mais un homme respecté de son milieu et de ses concitoyens. Il s'agit d'un témoignage authentique basé sur une proximité de dix années, sur un contact continu, et du personnage et de ses commettants, et sur une relation privilégiée entre lui et ses collègues du Cabinet, y compris le Premier ministre lui-même, avec qui il partageait des dossiers que je conservais pour référence.

Lorsque j'ai fait la connaissance de monsieur Bourque, en l950, sa carrière militaire comptait déjà 39 ans de service. Il avait participé à la première guerre de 1914-1918 sur les champs de bataille, notamment de Paschendaele, d'Ypres, du Canal de Nord et de Vimy. Parti simple soldat en 1911, il fut promu caporal en 1913 et sergent en 1914. En Angleterre, il reçut ses galons de sergent major de compagnie et en France, le 30 avril 1916, il accéda au grade de lieutenant. Avec le Royal 22e bataillon de l'armée canadienne, le lieutenant Bourque participa activement à la fameuse prise de Vimy où il fut blessé au genou gauche par un éclat d'obus. Revenu à la ligne de feu avec d'autres blessés, il accéda au grade de capitaine. De retour au pays, il demeura attaché aux Fusiliers de Sherbrooke où il fut promu major, le 27 février 1924, et lieutenant-colonel en l928. Il assuma alors le commandement du régiment des Fusiliers de Sherbrooke dont la base locale se situe au manège militaire de la rue Belvédère, à Sherbrooke. Pour son action constructive durant son terme de commandant, monsieur Bourque fut nommé colonel honoraire de l'Unité, en 1939. La même année, la deuxième guerre mondiale se déclare et monsieur Bourque accepte le commandement du camp d'entraînement No 43 de Collinsville aux limites de la  rue Galt Ouest à Sherbrooke, poste qu'il occupa de 1940 à 1942. Après ce mandat il reçoit le titre de colonel qu'il conservera jusqu'à sa mort.

Monsieur Duplessis témoigna sa reconnaissance à celui qui lui avait prodigué les meilleurs conseils lorsqu'il aspirait à devenir Premier ministre du Québec. Ces conseils relatifs à certaines faiblesses à corriger et à certains comportements à développer furent bien accueillis par monsieur Duplessis qui considérait monsieur Bourque comme un homme sage, honnête, sobre et responsable. La franche amitié qui s'établit alors entre monsieur Bourque et monsieur Duplessis s'est traduite subséquemment par le soutien indéfectible de monsieur Duplessis à l'endroit de monsieur Bourque dans tous ses projets et les tâches  qu'il lui a confiées. Il ne s'agit pas ici d'aduler monsieur Bourque et de lui attribuer des qualités ou des compétences qu'il n'avait pas, mais en homme intelligent qu'il était, monsieur Duplessis a vu en monsieur Bourque une caution morale digne, respectable et précieuse. Quand il confiait une responsabilité à monsieur Bourque, le Premier Ministre n'était pas inquiet du résultat.

Pour monsieur Bourque, cela se traduira par des responsabilités accrues, mais aussi par des privilèges exceptionnels.

Plusieurs personnes de Sherbrooke ont revendiqué la paternité de l'Université de Sherbrooke. Il est incontestable que cette création est l'oeuvre commune des plus hautes personnalités religieuses et civiles de la capitale estrienne. Mgr Georges Cabana peut être considéré comme l'architecte de cette institution. Il est aussi incontestable que n'eût été l'influence majeure de l'honorable J. S. Bourque sur celui qui a pris la décision finale, en l'occurrence, l'honorable Maurice Duplessis, Sherbrooke n'aurait jamais été désigné pour fonder la dernière université à Charte qui fut accordée au Québec. Il faut savoir qu'à cette époque, monsieur Duplessis recevait des demandes identiques de la Mauricie (son propre comté), de la Gaspésie, de la Côte Nord et de l'Outaouais.

Pourquoi a-t-il favorisé Sherbrooke plutôt que Trois-Rivières, Rimouski, Chicoutimi ou Hull ? Se poser la question c'est y répondre à la lumière du texte qui précède.

Depuis 1954, l'Université de Sherbrooke a grandi, progressé et est devenu un point de mire par ses recherches et ses chercheurs, par ses programmes avant-gardistes et par certains diplômés qui dirigent les plus grandes entreprises au Québec et au Canada. Le maire de la ville de Sherbrooke, monsieur Jean Perrault, est tellement convaincu de l'importance de l'Université de Sherbrooke qu'il a souligné son «rôle moteur essentiel ». Il affirmait à la même occasion que «Sherbrooke c'est l'université et l'université c'est Sherbrooke ». Il concluait ainsi : «L'université mérite toute notre considération pour son apport économique dans notre région» (La Tribune, 22/01/98 A-6).

Ces observations dans la biographie de l'honorable J. S. Bourque y sont consignées dans le but de rappeler que le rôle prépondérant joué par monsieur Bourque dans la création de l'Université de Sherbrooke a eu des conséquences très heureuses pour notre collectivité.

Il a été beaucoup plus que le parrain de la loi et du chapitre 136, sanctionnés le 5 mars 1954, créant l'Université de Sherbrooke. C'est pourquoi, sans conteste, mais avec grande fierté et reconnaissance, nous pouvons affirmer que monsieur Bourque a bénéficié d'un privilège unique qu'aucun ministre n'a jamais connu, lorsqu'il a obtenu l'Université de Sherbrooke pour sa ville, pour son comté et sa région.

Il n'est pas exagéré d'ajouter que l'université constitue, sans aucun doute la plus grande réalisation de sa vie politique. On peut même affirmer très objectivement que l'Université de Sherbrooke est devenue la plus importante institution et entreprise que Sherbrooke aura connue dans toute son histoire. 

Dans la vie militaire, il a eu droit, par des décorations appropriées, à des reconnaissances dignes et officielles.

Sur le plan civil, on se le demandera dans un complément de sa biographie, a-t-il obtenu la reconnaissance méritée ? La question est pertinente et sera développée plus loin.

Chapitre 3

Il épousa mademoiselle Dorimène Brien le 27 juin 1922. Le couple a eu quatre enfants. Trois ans plus tard, en 1925, monsieur Bourque décide d'ouvrir un commerce de bois. Bien secondé par son épouse; bien déterminé à réussir malgré de faibles ressources, mais bien servi par une excellente réputation, il établit un commerce qui devient florissant malgré la crise de 1929 et le ralentissement subséquent des affaires. Pendant que monsieur Bourque fait lui-même la livraison du bois vendu, madame Bourque s'occupe de recevoir les commandes téléphoniques.

C'est sur l'initiative de M. Bourque et dans son atelier de découpage, que fut construite la croix lumineuse érigée sur l'île du pin solitaire de la rivière Saint-François, le 24 juin 1934.  C'était à l'occasion des fêtes commémorant la découverte du Canada (1534).

Monsieur Bourque se fit connaître par son intégrité et sa sociabilité. Son commerce étant bien établi, il accepta des responsabilités civiques qui le conduisirent aux postes de commissaire des écoles catholiques de Sherbrooke, de conseiller municipal, président de la Chambre de Commerce et finalement, de député de Sherbrooke à l'Assemblée législative de Québec.

Chapitre 4

Carrière politique :

Élu pour la première fois le 25 novembre l935, monsieur Bourque sera réélu successivement en 1936, 1939, 1944, 1948, 1952, et 1956. Il subira la seule défaite de sa carrière en 1960.

En 1948, alors que M. Bourque était retenu à l'hôpital par la maladie, c'est son fils Marcel qui fit la campagne électorale pour son père. Au soir de l'élection, la population demeura fidèle à son député et M. Bourque remporta la victoire avec 8 000 votes de majorité.

Monsieur Joseph Gibb Robertson, et monsieur J. S. Bourque, ont été les deux seuls députés à avoir représenté le comté de Sherbrooke durant 25 ans.

Dès l'arrivée au pouvoir de l'Union nationale en 1936, monsieur Bourque est chargé du Ministère des Travaux publics, poste qu'il occupe de 1936 à 1939.

La crise économique de 1929 allait créer une nuée de chômeurs à travers toute la province de Québec.

Pour aider à enrayer ce problème et pour répondre à des besoins locaux, le nouveau Ministre des Travaux publics entreprend de faire construire 170 ponts, dont un dans sa propre région, le pont Long sur la rivière Saint-François à Lennoxville. D'autres programmes d'aide sont aussi créés aux bénéfices des municipalités aux fins d'améliorer leur service contre les incendies. Pour un premier mandat et une première expérience administrative provinciale, cette performance peut être jugée satisfaisante, même si le parti libéral a repris le pouvoir en 1939 avec l'honorable Adélard Godbout.

De 1939 à 1944, monsieur Bourque continue de représenter le comté de Sherbrooke à la Législature provinciale en siégeant du côté de l'Opposition.

Lorsque  l'Union Nationale reprend les rênes de l'Administration en 1944, monsieur Bourque se voit  confier le Ministère des Terres et Forêts, poste qu'il occupera de 1944 à 1958, et celui des Ressources Hydrauliques, de 1945 à 1958. Fidèle au plan de rédaction, je m'abstiendrai d'élaborer sur les réalisations du Ministère des Terres et Forêts durant les quatorze années où monsieur Bourque en a été le titulaire. L'équilibre entre les besoins du milieu et les réalités économiques constituait la formule de planification de l'homme d'État reconnu pour son sens de la justice, de l'équité et des valeurs.

HYDRO-QUÉBEC:

Ministre des Ressources hydrauliques de 1945 à 1958, monsieur Bourque n'a jamais eu la prétention de diriger le réseau électrique du Québec. Il s'est dit fier cependant de certaines réalisations telles l'électrification rurale qui a contribué considérablement à l'émancipation de la population rurale. Cette amélioration généralisée a permis aux coopératives d'électricité d'améliorer le confort et l'efficacité des fermiers du Québec.

La personnalité de monsieur Bourque, sa curiosité naturelle, son pragmatisme et son sens des affaires en faisait un véritable chef de file en qui le personnel de l'Hydro avait une grande confiance. D'ailleurs, le 17 novembre l946, le ministre Bourque a reçu le titre de président honoraire de l'Association des employés de l'Hydro-Québec en reconnaissance de son dévouement et de son attitude positive en l'endroit du personnel.

Le dernier ministère occupé par monsieur Bourque fut celui des Finances où il fut affecté en 1958. Il fut assermenté le 30 avril 1958, mais il avait déjà prononcé son premier discours sur le budget, le 7 février précédent puisqu'il remplaçait, à ce moment-là, l'honorable Onésime Gagnon.

Pour l'année 1957-58, les revenus prévus s'établissaient à $506,945,000 et les dépenses devaient être de l'ordre de $42l,347,400, laissant donc un surplus de $85,597,600.

La qualité prépondérante du Ministre des Finances était, la prudence, Aussi, son deuxième discours du budget, prononcé le 20 février 1959, portait-il sur l'équilibre nécessaire en prévision de l'inflation imminente. Les revenus de 1959-60 s'établissaient à $54l,895,000 tandis que les dépenses devaient se limiter à $451,643,500 avec un surplus prévisible de $90,25l,500.

Enfin, le 10 décembre 1959, monsieur Bourque, à la demande du Premier Ministre, L'honorable Paul Sauvé, prononça  son troisième discours sur le budget. Deux précédents furent créés à cette occasion. Le premier, c'est que jamais un discours du budget n'avait été prononcé si tôt après l'ouverture de la session parlementaire. Deuxième précédent, ce budget était le plus élevé de l'histoire du Québec. Souvenons-nous de ce budget, non pas surtout par son ampleur, il y a longtemps qu'il a été dépassé, mais parce qu'il était encore équilibré et non pas déficitaire, contrairement à tous ceux présentés par la suite.


              Revenus escomptés :  593,633,900.00 $
                 Dépenses prévues :  479,210,000.00 $
                                    Surplus :  114,423,900.00 $

L'honorable Paul Sauvé ignorait bien sûr qu'il allait mourir quelques semaines plus tard, soit le 2 janvier 1960. Mais monsieur Bourque et son sous-ministre, monsieur Bieler, ont le mérite d'avoir agi avec célérité pour répondre à la requête de monsieur Sauvé qui, lui, devait avoir d'autres projets pour vouloir procéder avec tant de promptitude.

L'honorable Antonio Barrette, qui succéda à monsieur Paul Sauvé comme Premier Ministre, reconduit l'honorable J. S. Bourque au poste de Ministre des Finances.

Quelques mois plus tard, soit le 22 juin 1960, l'honorable Jean Lesage et son équipe gagne l'élection. Le comté de Sherbrooke passe dans le camp du parti libéral et monsieur Bourque prend sa retraite définitive de la vie politique, de la vie militaire et des affaires puisque son fils, Pierre, a déjà pris la relève du commerce familial.

Ce qu'il a sans doute le plus apprécié, c'est le doctorat que décerna, le 12 juin 1956, l'Université de Sherbrooke à l'un des plus illustres Sherbrookois.

L'HONORABLE  J. S. BOURQUE

Une grande figure de notre histoire locale et régionale

Chapitre 5

Le Boulevard J. S. Bourque :

L'objectif de cette publication est de convaincre la population de Sherbrooke que la rue King devrait porter le nom de : BOULEVARD J. S. BOURQUE.

Dans cette deuxième partie, je tâcherai d'exposer toutes les raisons qui militent en faveur de ce changement. Il fallait au préalable faire connaître monsieur Bourque par une biographie qui mette en relief le personnage important qu'a été monsieur Bourque par ses mandats, par les responsabilités qu'il a assumées, par ses mérites et ses oeuvres tant dans la vie militaire que civile et politique. C'est ce que j'ai tenté de faire en première partie de ce document. Ce préambule était nécessaire parce que monsieur Bourque est décédé il y a déjà 25 ans (05/03/74). Il avait alors 80 ans. Peu de ses contemporains peuvent donc témoigner de ses mérites et de l'honneur qui lui est dû.

Vous dire qu'il a été député de Sherbrooke à la Législature provinciale durant 25 ans n'aurait pas été suffisant pour vous convaincre de sa valeur d'homme. Vous dire encore qu'il a été Ministre des Travaux publics, des Terres et Forêts, des Ressources hydrauliques et des Finances ne vous aurait pas convaincus d'avantage. Vous dire même qu'il est un héros des deux grandes guerres mondiales 1914-1918 et 1939-1945 vous aurait à peine sensibilisés.

Mais si vous réunissez tout ce qui précède dans la même personne et si vous y ajoutez que cet homme est celui qui a permis l'établissement de l'Université de Sherbrooke, alors là, je crois que toutes les générations sont concernées et qu'il vaut vraiment la peine de se pencher sur ce dossier comportant beaucoup d'autres aspects intéressants qui militent en faveur du changement proposé. Il n'est que justice, me semble-t-il, d'honorer monsieur Bourque en remplaçant par son nom celui de «King» qui n'est pas conforme à réalité historique, qui ne se justifie pas sur le plan pratique et qui retarde la reconnaissance de nos valeurs contemporaines.

Il se trouve des gens pour s'élever contre ce changement éventuel sous les prétextes suivants :

A) la tradition d'un vieux nom ;
B) ça coûterait trop cher ;
C) un changement inutile.

L'honnêteté intellectuelle nous oblige à considérer sérieusement les motifs pour et contre ce projet. Reprenons les arguments précités et analysons-les en toute objectivité.

A)   La tradition d'un vieux nom.

La résistance au changement est le propre de toute personne humaine. Heureusement, on ne peut arrêter l'évolution ni le progrès, sinon on en serait encore à l'âge de pierre. Si on veut être réaliste, il faut reconnaître que surviennent tous les jours des changements de noms de personnes, de rues, de villes, de raisons sociales, de règlements, de lois, etc.

Nous allons être temporairement dérangés par un changement éventuel ? À très court terme, nous aurons effacé de  notre esprit toute nostalgie pour apprécier vraiment les valeurs du geste posé et de la nouvelle réalité tournée vers l'avenir. Le sentimentalisme peut-il supplanter la logique, l'équité et l'histoire ?

B)    Ça coûterait trop cher.

Voilà l'argument le plus sérieux, mais en même temps, le plus facile à réfuter. Il est principalement question de «papeterie». Or ce qu'il faut savoir, comprendre et admettre, c'est que le changement de nom de l'artère ne s'effectue pas du jour au lendemain. Le processus pourrait et devrait être le suivant : les autorités informent la population que le nom de la rue King est changé en celui de boulevard  J. S. Bourque. Dans la pratique, rien ne sera modifié avant au moins un an, sinon plus. Les services de courrier fédéral ou privé continueront de livrer la correspondance et les colis au numéro civique indiqué, qu'il soit sur King ou sur Bourque puisque le code postal sera inchangé. Cette politique permettra d'épuiser les réserves d'enveloppes et de papier à lettres et de diminuer l'impact financier de la transition. Des changements identiques eurent lieu à Montréal à Québec et dans toutes les grandes villes du monde dont les artères principales sont sûrement plus importantes que la rue King à Sherbrooke. Il est faux de prétendre qu'un tel changement peut affecter la clientèle, car le client n'identifie pas l'entreprise par son numéro civique, mais par ce qu'il recherche. On ne prétend pas que les coûts seront nuls, mais ils seront très facilement absorbables à court et moyen termes.

C)     Un changement inutile ?

Si les arguments déjà invoqués ne vous convainquent pas encore, peut-être accepterez-vous de reconsidérer votre position si nous considérons ensemble les arguments suivants qui ne sont pas les moindres : doit-on accepter le nom «King» sous le prétexte qu'il s'agit du roi d'Angleterre William IV ?  Le choix du nom «J. S. Bourque» est-il celui qui s'impose ?

On voit que nos prédécesseurs ont eu les mêmes préoccupations que nous, à savoir écrire l'histoire en fonction des valeurs et des réalités de l'époque. Le nom même de notre ville a été changé de Hyatt's Mill, nom du propriétaire du premier moulin, en celui de Sherbrooke en l'honneur du 3e gouverneur du Bas-Canada (1816-1818), Sir John Coape Sherbrooke. Nos prédécesseurs ont donc su, une fois de plus, honorer «leur gloire» du temps.

Or Sherbrooke compte déjà neuf autres noms de rues rappelant la royauté sous toutes ses formes ; ce sont les rues Albert, Elisabeth, Georges V, Jubilé, King Georges V, Princess, Queen, Victoria et Balmoral.

Le choix du nom de J. S. Bourque est-il le meilleur ?

Une autre importante raison de vouloir changer le nom de «King» en celui de «Bourque», c'est que, dans le passé, la ville  de Sherbrooke a honoré tous ses anciens députés en donnant un nom de rue pour rappeler la mémoire de chacun d'eux. Il y a bien à Sherbrooke une rue Bourque dont son fils Pierre voudrait conserver le nom. Rien ne s'y oppose vraiment. Il s'agit d'une impasse conduisant à la résidence que monsieur Bourque a occupée jusqu'à sa mort et où monsieur Pierre Bourque possède aussi sa résidence.

On ne peut pas accepter qu'une rue sans issue soit celle qui rappelle la mémoire d'un homme si prestigieux. Mais la solution est simple et ne crée pas de précédent. Que  la rue King devienne boulevard Bourque et que l'on conserve la rue Bourque, comme telle. Monsieur Bourque, dont les carrières militaire et politique sont éminemment honorables et fructueuses, ne mérite rien de moins qu'un boulevard pour rendre hommage à sa mémoire, à son oeuvre et à l'héritage précieux qu'il a laissé aux générations futures.

Que peut-on ajouter ?

La question est posée au début de ce texte : «Monsieur Bourque a-t-il reçu la reconnaissance civile qu'il a méritée». On a vu qu'il a été honoré de multiples façons durant sa carrière militaire. Personne ne peut mettre en question qu'il a autant mérité sur le plan civil par ses hautes fonctions et par les réalisations découlant de la confiance que lui a toujours manifestée son chef, le Premier ministre du Québec, l'honorable Maurice Duplessis.

Une consultation auprès des résidants et entreprises de la rue King a été effectuée en 1973.  Or 60% de ceux et celles qui se sont prononcés sur la question ont favorisé le choix du nom de J. S. Bourque pour remplacer celui de King.

Certaines personnalités ont même donné un appui public à cette suggestion. Permettez-moi de  les rapporter ici textuellement.

Mgr Roger Maltais (recteur de l'Université de Sherbrooke ) : «en adoptant le nom de boulevard Bourque pour désigner la principale artère de Sherbrooke, on ferait un choix judicieux et j'ajoute : un geste du meilleur civisme.»

Monsieur Jean-Paul Pépin (député de Sherbrooke 1973) : «J'appuie fortement le changement du nom de la rue King en celui de boulevard Bourque parce que je sais, par expérience, que l'ampleur de la fonction qu'il a remplie pendant 25 ans à Québec, n'a d'égal que l'hommage qu'on pourrait ainsi lui rendre».

Monsieur Guy Cloutier : En terminant un article publié dans La Tribune  le 3 janvier 1973 et recommandant le changement de nom de la rue King en celui de boulevard Bourque, le  président de la Maison N. V. Cloutier Inc. , s'exprimait ainsi : «La cité de Sherbrooke, qui s'enorgueillit avec raison de l'Université de Sherbrooke, se doit de remercier de cette façon tangible le père de l'université, en l'occurrence, l'honorable J. S. Bourque, ex-député de Sherbrooke à l'Assemblée Nationale, de 1935-60».

Abbé Jean Mercier, éminent historien estrien : «Boulevard Bourque rappellera l'homme sans lequel l'Université de Sherbrooke serait encore dans le néant. Le nom de King sautera demain avec fracas si la cité de Sherbrooke décide de maintenir ce toponyme. Le sens commun, le respect de l'histoire et un sain modernisme militent en faveur d'accorder le nom de Bourque à l'artère principale de notre ville. »

Conclusion

L'Université de Sherbrooke  qui célèbrera son 50e anniversaire en 2004, puisqu'elle a été créée en 1954, doit son existence à l'Honorable J. S. Bourque.  Des générations entières lui devront pour toujours reconnaissance. N'est-ce pas le plus important héritage de tout ce que les hommes politiques ont pu laisser à Sherbrooke et à la région ?

À l'intérieur même de la cité de Sherbrooke, sauf l'impasse dont on faisait mention précédemment, rien ne rappelle ni le personnage très important qu'a été monsieur Bourque, ni son oeuvre, ni ses valeurs, ni sa triple carrière.

Cette omission est d'autant plus invraisemblable que la rue King est le prolongement normal du boulevard Bourque et vice versa, tant et si bien que les numéros civiques du boulevard Bourque dans l'Ouest et ceux de la route 112 dans l'Est prolongent la numérotation de la rue King. Afin que cette grande artère porte le même nom d'ouest en est jusqu'à  l'aéroport municipal, il n'y a qu'un pas de bonne volonté à franchir.

Chez certains, l'opposition résulte seulement de l'ignorance des faits entourant ce projet. Chez d'autres, la réticence est difficile à comprendre.  Que serait la rue King aujourd'hui sans l'existence de l'Université de Sherbrooke, devenue le moteur de notre économie locale ?

Uniformiser le nom du grand boulevard (route 112) qui traverse les comtés d'Orford, de Sherbrooke et de Saint-François, voilà l'objectif le plus logique et le plus pratique que les autorités peuvent poursuivre.

Rendre cet hommage à l'honorable J. S. Bourque devient une obligation d'honneur, de devoir, de noblesse et de fierté.

Une seule rue principale dont le nom sera attaché à l'histoire authentique de Sherbrooke.

Jamais, à Sherbrooke, une rue principale n'a porté un nom typiquement attaché à l'histoire locale et régionale. Parmi nos rues principales, est-il nécessaire de rappeler que seul le boulevard Jacques-Cartier rappelle l'origine de la majorité des Sherbrookois (96% de francophones).

Les autres grandes artères sont  Galt, Portland, Prospect, Belvédère, Wellington et Bowen. Il n'est donc pas gênant de réclamer une artère importante rappelant la mémoire d'une sommité bien de chez nous qui, en l'occurrence, se nomme J. S. Bourque.

Personne n'a mérité à ce jour plus de reconnaissance collective de la part de la population de Sherbrooke. Ce n'est pas une «ruelle» portant son nom qui peut satisfaire l'ampleur de l'hommage qui lui est dû. Ce n'est pas un pont, ici, un parc ou un édifice portant son nom qui peut reconnaître l'envergure du personnage. Pour établir un équilibre entre ses réalisations, dont celle de l'Université de Sherbrooke, et la dimension sociale de notre gratitude, il est impératif de poser un geste significatif et, celui qui semble le plus probant, serait de désigner du nom de boulevard J. S. Bourque l'artère principale de la ville de Sherbrooke pour refléter le vrai visage de notre cité et de sa population.

 

 

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