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L'anglicisation du primaire
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État de la situation
Depuis 1958, le temps consacré à l'enseignement du français au primaire a
subi une réduction de plus de 33 %. (Conseil de la langue française.1987.
Principes directeurs pour l'amélioration du français, langue maternelle.)
Parallèlement, se multipliaient et continuent de se multiplier les classes
d'immersion ou bains linguistiques anglais. En général, 50 % de l'année se
déroule en anglais, 50 % en français. L'ambiance de l'école est anglicisante
et les activités parascolaires sont axées sur l'anglais. Qu'arrive-t-il du
français dans tout cela ? «L'avenir est à l'anglais», claironnent aux
élèves les promoteurs (certaines directions et certains comités de parents).
Conséquemment, quelle est la perception qu'ont les élèves du français ?
«J'aime mieux l'anglais que le français» avouent fièrement (?) plusieurs
élèves à la fin de leur immersion. Ce sont là des affirmations puisées dans
le journal local rapportant différentes «expériences» menées en Estrie.
Maintenant, le gouvernement du Québec a décidé d'amputer davantage
l'enseignement en français, cette fois-ci, en 3e année, et d'introduire des
cours d'anglais à la place. Cours évidemment obligatoires pour tous les
élèves, forts, moyens et faibles, peu importe. Vos bases en français sont
très rudimentaires ? (C'est normal en 3e année ; même en 6e année.) Pas de
problème. Prenez de l'anglais et mélangez... Vous posséderez bientôt deux
langues, assurent certaines gens.
Questions au gouvernement québécois
1. Quelles études objectives et crédibles avez-vous menées avant d'amputer
des heures d'enseignement en français en 3e année du primaire ?
2. Que visez-vous en multipliant les classes d'immersion anglaise dans nos
écoles françaises ?
3. Quels sont les impacts sur le français de ces programmes d'anglicisation
précoce reconduits et intensifiés par votre gouvernement ?
4. Est-ce que votre gouvernement a l'intention d'étendre ces programmes
d'anglicisation en 2e et même en 1ère année du primaire ? Et éventuellement
à la maternelle ? Jusqu'où iront ces expériences faites sur le dos du
français ?
4. Les échecs en français de plus ou moins 50 % des élèves du secondaire
(en fin de parcours ou avant) n'auraient-ils pas leurs racines au primaire...
où des cours intensifs de français - plutôt que des cours intensifs d'anglais
- seraient bénéfiques à la majorité des élèves pour la poursuite de leurs
études techniques, collégiales ou universitaires ?
5. Pourquoi conservez-vous la sinistre loi 86 qui facilite le détournement
des immigrants vers l'école anglaise ?
Recommandations du Mouvement estrien pour le français
1. Qu'on déclare un moratoire sur tous ces programmes d'anglicisation du
primaire. Notre hypothèse est à l'effet que le bilinguisme précoce pour
l'ensemble de la population franco-québécoise, entourée d'une mer anglophone,
se fait au détriment de la qualité et, à longue échéance, de la survie de
la langue maternelle... comme dans le cas des ex-francos perdus ailleurs en
Amérique.
2. Qu'une commission nationale d'enquête soit instituée afin de faire le
point sur l'enseignement du français et de l'anglais dans les écoles primaires
et secondaires du Québec.
3. Que l'Assemblée nationale du Québec adopte une Charte scolaire du
français pour enrayer les reculs de la langue française dans le quotidien
(musique, informatique, enseignement professionnel, etc.).
4. Que le gouvernement du Québec s'implique activement dans la Semaine
internationale de la Francophonie afin que les conseils scolaires et toutes les
écoles du Québec valorisent et célèbrent de façon spéciale le français
durant cette semaine.
Des réponses claires, toujours attendues...
Le Mouvement estrien pour le français attend toujours les
réactions du Gouvernement face à ces questions et à ces recommandations. Nous nous
réjouissons de l'intention du gouvernement d'augmenter le nombre d'heures
d'enseignement du français. C'est un renversement de la vapeur. Espérons que
cela ne sera pas neutralisé ou démoli par la nuée de programmes
d'anglicisation qui pullulent au primaire et par l'apprentissage institutionnel
de plus en plus hâtif de la langue dominante. N'y a-t-il pas là un facteur
certain de démotivation à l'égard de la langue française?
Position du Mouvement estrien pour le français sur le bilinguisme
Le Mouvement estrien pour le français encourage l'apprentissage scolaire des
langues une fois acquises les bases et la maîtrise de sa langue maternelle.
Jacques Poisson
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