Exception culturelle

Claude Allègre

Extrait d'un article publié dans L'Express

Le vendredi 1er août 2003

L'exception culturelle doit être défendue à l'extérieur face à l'offensive américaine, à l'intérieur face à l'offensive libérale. Au moment où tout semble gagné sur le plan international, tout est en fait remis en question: tout sera bon pour critiquer et détruire le système français. L'idée que la culture est, pour un pays comme la France, une valeur essentielle qui ne peut pas laisser l'État indifférent a gagné ses lettres de noblesse grâce à de Gaulle, qui avait confié à André Malraux le soin de mettre en œuvre cette ambition. Après une période d'érosion, François Mitterrand avait repris le flambeau, aidé par le dynamique Jack Lang. Deux périodes, deux impulsions, deux styles, mais deux actions qui ont contribué à faire la France d'aujourd'hui.

Pourtant, l'idée que l'État doit se mêler de culture n'est pas facile à admettre. La période 1939-1945 ici, et aujourd'hui les régimes soviétique, chinois ou cubain nous amènent tout naturellement à être méfiants. Et l'académicien Marc Fumaroli a beau jeu de surfer sur ce sentiment en fustigeant l'État culturel et en dénonçant la dictature du bon goût technocratique et de la réglementation «culturelle». Mais j'ai envie de lui demander: Louis XIV et ses princes avaient-ils meilleur goût qu'André Malraux ou que Jack Lang?

Il faut examiner les faits sans préjugés. Dans le cinéma, quel est le seul lieu de résistance au rouleau compresseur hollywoodien, si ce n'est la France et sa politique d'aide? Que serait notre édition sans le prix unique du livre? Que serait notre patrimoine sans la politique de rénovation volontariste? Et nos musées? Et nos festivals? Notre Fête de la musique, désormais fête nationale, n'est-elle pas tout un symbole?

On peut comparer avec les pays qui ont choisi la «voie marchande». Cinémas italien, allemand ou brésilien, qu'êtes-vous devenus? Vous aviez pourtant enchanté le monde! On peut aussi comparer, pour l'Hexagone, avec la télévision, que l'on a abandonnée aux mains des marchands. Son niveau est affligeant! La culture, autrefois bien représentée à la télévision (ORTF tant critiquée, comme on te regrette!), est désormais réservée aux insomniaques profonds! Cette politique culturelle française a en outre été rentable pour le pays: elle a été source de richesses et d'emplois. La preuve? Notre premier poste de commerce extérieur n'est-il pas le tourisme? La France est, dans ce domaine, leader mondial! Pourquoi les étrangers viennent-ils en France? Pour des raisons culturelles (et accessoirement culinaires). C'est ce que disent les enquêtes d'opinion. Alors pourquoi changerait-on une formule qui gagne? En même temps, tout système finit, avec le temps, par engendrer ses propres défauts. Notre système culturel est devenu trop technocratique, les rentes de situation s'y multiplient. Il faut donc un nouvel élan culturel, repenser notre système d'aides publiques en y incluant la dimension européenne et en multipliant les centres de décision (État, collectivités locales), engager les mécènes et les entreprises... Dans le secteur culturel, seuls la diversité et le droit à l'erreur assurent l'éclosion de talents. La qualité ne se dévoile qu'avec le temps. C'est pourquoi la culture ne peut pas être laissée au seul marché, règne du court terme.

Lançons une idée, un défi pour demain. La France dépense 1% de son budget pour la culture, ce qui est peu (quand on le compare aux armées, par exemple). Fixons-nous pour objectif de le doubler et de donner une nouvelle impulsion à la culture (la ville de Paris vient de le faire)! En n'oubliant pas d'inclure dans cet effort une réforme de la télévision, service public qui doit trouver un nouveau style, digne de son histoire, digne de la France.

 

 

 

Accueil | Adhésion | Album photo | Annonces | Autres sites | Citations nationalistes | Défense et promotion du français | Documentation | Emblèmes du Québec | Estrie | Histoire du Québec | Indiens | La passion du Québec | Les mots qu'il faut | Patrimoine québécois | Patriotes | Paysages du Québec | Prix du MEF