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Félix Leclerc

(La Tuque, 1914 - Île d'Orléans, 1988)

L'âme du Québec

 

Carrière

Il fait ses études classiques à Ottawa, puis occupe divers emplois de manoeuvre en Mauricie. En 1934, il devient annonceur radiophonique à CHRC (Québec).Félic Leclerc Initié à la guitare par Victor Angelillo, Félix Leclerc compose cette année-là sa première chanson: Notre sentier. En 1937, il travaille à la station CHLN de Trois-Rivières où il écrit ses premiers textes radiophoniques. Avec l'écrivain Yves Thériault, il y chante sous le pseudonyme d'Illya dans l'émission Illya et Gomez. En 1939, Félix Leclerc entre au service de la SRC à Montréal et se lie d'amitié avec le jeune réalisateur Guy Mauffette qui lui fait interpréter sa chanson Notre sentier dans le radioroman Le restaurant d'en face (1939). Leclerc participe également aux radioromans Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon et Vie de famille de Henry Deyglun. Il anime Je me souviens (1941) et commence à lire en ondes des contes de la nature qui connaissent assez de succès pour être édités sous les titres Adagio (1943), Allegro et Andante (1944). Passionné d'écriture, Félix Leclerc se retire sur l'Île d'Orléans en juin 1946 et complète le roman Le fou de l'Île, qui ne paraîtra qu'en 1958, à Paris, et le récit autobiographique Pieds nus dans l'aube, qui est édité en décembre 1946. Toujours à la radio de SRC, il anime à cette époque L'encan des rêves, Théâtre dans ma guitare et La ruelle des songes.

Avec les Compagnons de Saint-Laurent, troupe théâtrale avec laquelle il se produit par intermittence depuis 1942, Félix Leclerc joue dans deux pièces de Molière à Boston. En 1947, la troupe crée sa pièce Maluron au théâtre du Gésu à Montréal. Félix Leclerc fonde ensuite, avec Guy Mauffette et Yves Viens, la Compagnie VLM qui met en scène en 1948 sa pièce Le petit bonheur. L'année suivante, il publie Dialogues d'hommes et de bêtes. Pouvant difficilement vivre de la radio et de son écriture, Félix Leclerc se produit également comme chansonnier. Mais, s'il est apprécié par un public de jeunes initiés, ses chansons de la nature intéressent peu les citadins.

En juin 1950, Jacques Normand fait entendre à l'imprésario français Jacques Canetti un enregistrement «maison» de la chanson Le train du nord de Félix Leclerc. Impressionné, Canetti lui fait enregistrer sur le champ une douzaine de chansons aux studios de CKVL et lui offre un contrat de cinq ans avec la maison Polydor. Six mois plus tard, il propose à Leclerc un engagement de trois semaines à l'ABC de Paris, en première partie des COMPAGNONS DE LA CHANSON. Avec ses bottes, sa veste à carreaux et sa guitare, Félix Leclerc, dit le Canadien, y remporte le soir du 22 décembre 1950 un véritable triomphe. Il tient ensuite pendant 14 mois l'affiche des Trois Baudets (de Canetti), puis effectue des tournées en France, ailleurs en Europe et au Proche-Orient. Il enregistre un premier album qui contient Le train du nord, Bozo, Le roi heureux, Contumace, L'hymne au printemps, Le petit bonheur, Écho, Francis et Moi, mes souliers, chanson qui remporte un grand prix de l'Académie Charles-Cros en 1951. Au Québec, c'est la stupeur. Le paysan dont on se moquait gentiment hier a conquis le monde sans rien changer à son allure, à ses textes ou à sa langue! D'un coup, la chanson québécoise vient de gagner ses lettres de noblesse.

Félix Leclerc publie les pièces Théâtre de village (1951) et Le hamac dans les voiles (1952). Au cours d'un bref séjour au Québec au printemps 1951, il est reçu en grandes pompes à l'Hôtel de Ville de Montréal et donne quelques spectacles au Continental, boîte qu'anime Jacques Normand. Suivent deux années de tournées ininterrompues en Europe où Félix Leclerc, déjà considéré comme un grand de la chanson, suscite l'admiration de jeunes débutants comme Jacques Brel et Georges Brassens. Revenu au Québec, en 1953, il triomphe au Continental. Sa pièce Le petit bonheur est jouée à Lausanne (70 représentations). Quelques mois auparavant, Les péchés dans le hall avait été jouée à la radio de la SRC. En 1956, le Théâtre du Rideau Vert crée Sonnez les matines, pièce qui sera reprise en 1959 à Montréal et à Québec. Se considérant avant tout comme un écrivain, Félix Leclerc refuse la plupart des contrats qu'on lui offre, y compris un passage au Ed Sullivan Show (CBS) et des spectacles à Las Vegas. Pour la télévision de la SRC, il écrit le téléroman Nérée Tousignant (1956), des sketches pour l'émission Eaux vives, et le téléthéâtre Village du refus (1957). Il publie les pièces de théâtre Moi mes souliers (1955), Sonnez les matines (1956), Le fou de l'île (1958) et Le petit bonheur. Il remporte à nouveau un grand prix de l'Académie Charles-Cros en 1958 pour son deuxième album (1957) qui comprend notamment Comme Abraham, Attends-moi ti-gars, Un petit soulier rose, Prière bohémienne, Ce matin-là et Le Québécois. En 1959, Charles Apothéloz devient son imprésario et lui obtient une tournée de huit mois en Europe. Félix Leclerc enregistre sur son troisième album (1959) Tirelou, L'héritage et Tour de reins.

Félix Leclerc commence à fréquenter les nouvelles boîtes à chansons comme la Butte à Mathieu. Il publie en 1961 Calepins d'un flâneur. Parue l'année suivante, sa pièce L'auberge des morts subites est jouée 153 fois au Gésu à Montréal et un peu partout en tournée. Félix Leclerc enregistre à Paris un nouvel album (1962) avec des chansons comme Le bal, Le roi heureux, MacPherson, Notre sentier et Ton visage de Jean-Pierre Ferland. En 1964, il endisque de nouvelles compositions, dont Premier amour, La valse à Joseph et Y a des amours, et réenregistre certains de ses premiers succès. La même année, la SRC présente son téléthéâtre Le roi viendra demain. Félix Leclerc reçoit une subvention pour aller présenter la pièce Le petit bonheur à Paris. Après 50 représentations, la presse française est partagée. Les relations de Leclerc avec la presse québécoise, qui accentue ce demi-succès, s'enveniment. Après l'échec de la comédie Les temples présentée à la Comédie-Canadienne en 1966, Félix Leclerc quitte le Québec et s'installe en Suisse. Après un triomphe à Bobino à Paris et une tournée européenne, il revient donner un spectacle à la Place des Arts de Montréal en novembre 1967. Il publie Chansons pour tes yeux en 1968, et, l'année suivante, vient chanter au Festival d'été de Québec. En 1970, le poète de 56 ans se réinstalle au Québec, dans une maison de l'Île d'Orléans qu'il bâtit lui-même.

S'étant jusque-là toujours tenu à l'écart du débat politique québécois, Félix Leclerc devient l'un des plus farouches partisans de l'indépendance du Québec suite à l'imposition par le gouvernement fédéral des mesures de guerre au Québec en 1970. Il publie en 1972 l'album L'alouette en colère qui comprend notamment, outre la pièce titre, la chanson Les 100 000 façons de tuer un homme. En 1973, l'Académie Charles-Cros lui remet un prix pour l'ensemble de son oeuvre. Sa pièce La peur à Raoul est jouée à Québec et il effectue une importante tournée en Europe francophone où il est encore adulé. En août 1974, Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois, trois générations de chansonniers québécois, triomphent sur les plaines d'Abraham à Québec dans le cadre de la Superfrancofête. L'événement donne lieu à l'album J'ai vu le loup, le renard, le lion. Félix Leclerc publie à cette époque les pièces de théâtre Carcajou ou le diable des bois (1973) et L'ancêtre (1974).

En 1975, année où la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui décerne le prix de musique Calixa-Lavallée, Félix Leclerc amorce avec l'orchestrateur François Dompierre une collaboration musicale d'où naît, notamment, la magistrale chanson Le tour de l'île. Sur l'album du même titre, Leclerc enregistre, entre autres, La complainte du phoque en Alaska de Beau Dommage et Sors-moi donc, Albert. Toujours en 1975, Félix Leclerc effectue une autre tournée en France qui culmine par 42 représentations et un enregistrement du spectacle Merci la France au Théâtre Montparnasse à Paris en décembre. En 1976, il reçoit un diplôme d'honneur de la Conférence canadienne des arts et donne un spectacle avec Claude Léveillée au Théâtre de l'Île d'Orléans (album Le temps d'une saison). Suite à l'élection du Parti québécois le 15 novembre 1976, Félix Leclerc écrit L'an un et La nuit du 15 novembre qu'on retrouve sur l'album Mon fils (1978).

En 1977, le gouvernement du Québec décerne à Félix Leclerc le prix Denise-Pelletier pour l'ensemble de son oeuvre théâtrale. En mai, après une dernière tournée en France, Leclerc travaille dans l'intimité avec Beau Dommage. Une douzaine de chansons, inédites à ce jour, sont enregistrées. Il publie en 1978 le recueil de pensées Le petit livre bleu de Félix et et enregistrera l'album Mon fils, qui deviendra son testament musical. En février 1979, il publie dans le magazine Actualité un texte incitant les gens à voter oui au référendum («Le jour du référendum...»). En avril, il enregistre, sur des enregistrements de François Dompierre, 36 de ses plus belles chansons qui seront regroupées en un coffret de trois disques intitulé Chansons dans la mémoire longtemps. Sur des musiques d'ambiance de Claude Léveillée, il endisque également les contes La légende du petit ours gris et Le journal d'un chien, son dernier enregistrement. Toujours en 1979, Félix Leclerc accepte de prêter son prénom aux trophées distribués par l'Association de l'industrie du disque et du spectacle québécois. L'ADISQ lui décerne son trophée «Témoignage» au cours de son premier gala.

De 1980 à 1984, Félix Leclerc vit en retrait sur ses terres de l'Île d'Orléans. Il publie Rêves à vendre (1984), un recueil de maximes politiques et philosophiques qui constitue la suite des Calepins d'un flâneur publiés en 1961. À l'instigation de son ami Jean-Pierre Ferland, il écrit et participe à Rêves à vendre, un spécial télévisé diffusé le 13 janvier 1985 (SRC). On le revoit également dans En cerf-volant le Québec (SRC, 1985). Le 26 juin 1985, Félix Leclerc est reçu de l'Ordre national des Québécois par le premier ministre René Lévesque. En 1987, l'album Merci Félix de la chanteuse Johanne Blouin grimpe en tête des palmarès, faisant découvrir le chansonnier à toute une nouvelle génération. Parue sur cet album, la chanson Le p'tit bonheur remportera le Grand Prix Radio-Mutuel de la chanson québécoise de 1988, décerné d'après le vote populaire. En 1988, Félix Leclerc projette de mettre sur pied une fondation qui viendrait en aide aux jeunes débutants de la chanson et termine un autre volume de ses Calepins d'un flâneur qu'il doit publier à l'automne (Dernier calepin, 1988). Mais il s'éteint dans son sommeil au matin du 8 août 1988.

 
Félix Leclerc fut le sujet des films Félix Leclerc troubadour (ONF, 1958), La vie (ONF, 1967), et C'est la première fois que je chante (ONF, 1988). Il a participé au film Les brûlés (ONF, 1959) et chanta sur les documentaires La drave (ONF, 1957) et Manic 5 (Hydro-Québec, 1965). Il fut enfin l'animateur des Légendes du Canada français, émissions de télévision produites dans les années 1970 par Vidéo Club d'Amérique et diffusées par CFTM.

On comprend alors que sa mort, survenue à sa demeure de l'île d'Orléans le 8 août 1988, soit suivie d'un deuil général. Sa famille reçoit des témoignages d'amitié, d'amour, d'admiration de partout. Carol Néron, dans le Quotidien de Chicoutimi : « Leclerc aura été à notre culture ce que René Lévesque fut à la politique. Avec sa pensée originale, Félix a proposé une démarche qui a contribué à faire de lui une légende vivante. Il a donné au Québec une identité qui lui est désormais propre, une présence internationale que personne encore, chez nous, n'est parvenu à égaler de manière aussi éclatante et subtile à la fois.»

 

L'ALOUETTE EN COLÈRE 

J'ai un fils enragé
Qui ne croit ni à Dieu
Ni à Diable ni à moi
J'ai un fils écrasé
Par les temples de la Finance
Où il ne peut entrer
Et par ceux des paroles
D'où il ne peut sortir

J'ai un fils dépouillé
Comme le fut son père
Porteur d'eau, scieur de bois,
Locataire et chômeur
Dans son propre pays
Il ne lui reste plus
La belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle 
Qu'on ne reconnaît pas

J'ai un fils révolté
Un fils humilié
Un fils qui demain
Sera un assassin

Alors moi j'ai eu peur
Et j'ai crié «À l'aide
Au secours quelqu'un»
Le gros voisin d'en face
Est accouru armé,
Grossier, étranger
Pour abattre mon fils
Une bonne fois pour toutes
Et lui casser les reins
Et le dos et la tête
Et le bec et les ailes
Alouette ah.........

Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi,
Dans le tréfonds de moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l'os
S'installer la colère.

 

Hymne au printemps

Les blés sont mûrs et la terre est mouillée 
Les grands labours dorment sous la gelée 
L'oiseau si beau hier s'est envolé 
La porte est close sur le jardin fané 

Comme un vieux râteau oublié 
Sous la neige je vais hiverner 
Photos d'enfants qui courent dans les prés 
Seront mes seules joies pour passer l'été 
Mes cabanes d'oiseaux sont vidées 
Le vent pleure dans ma cheminée 
Et dans mon coeur je m'en vais composer 
L'hymne au printemps pour celle qui m'a quitté 

Quand mon amie viendra par la rivière 
Au mois de mai après le dur hiver 
Je sortirai bras nus dans la lumière 
Et lui dirai le salut de la terre 

Vois les fleurs ont recommencé 
Dans l'étable crient les nouveaux-nés 
Viens voir la vieille barrière rouillée 
Endimanchée de toiles d'araignées 
Les bourgeons sortent de la mort 
Papillons ont des manteaux d'or 
Près du ruisseau sont alignées les fées 
Et les crapeaux chantent la liberté 
Et les crapeaux chantent la liberté 

 

 

LE TOUR DE L'ÎLE 

Paroles et musique: Félix Leclerc
1975

Pour supporter le difficile
Et l'inutile
Y'a l' tour de l'île
Quarante-deux milles
De choses tranquilles
Pour oublier grande blessure
Dessous l'armure
Été, hiver
Y'a l' tour de l'île
L'île d'Orléans

L'île, c'est comme Chartres
C'est haut et propre
Avec des nefs
Avec des arcs, des corridors
Et des falaises
En février, la neige est rose
Comme chair de femme
Et en juillet
Le fleuve est tiède
Sur les battures

Au mois de mai, à marée basse
Voilà les oies
Depuis des siècles
Au mois de juin
Parties les oies
Mais nous, les gens
Les descendants de La Rochelle
Présents tout l'temps
Surtout l'hiver
Comme les arbres

Mais c'est pas vrai 
Ben oui, c'est vrai
Écoute encore

Maisons de bois, maisons de pierre
Clochers pointus
Et, dans les fonds
Des pâturages
De silence
Des enfants blonds nourris d'azur
Comme les anges
Jouent à la guerre
Imaginaire

Imaginons...
L'île d'Orléans un dépotoir
Un cimetière
Parcs à vidanges
Boîte à déchets
US parkings
On veut la mettre en mini-jupe
And speak english
Faire ça à elle
L'île d'Orléans
Notre fleur de lyse

Mais c'est pas vrai
Ben oui, c'est vrai
Raconte encore

Sous un nuage, près d'un cours d'eau
C'est un berceau
Et un grand-père
Au regard bleu
Qui monte la garde
Y sait pas trop ce qu'on dit
Dans les capitales
L'oeil vers le golfe
Où Montréal
Guette le signal

Pour célébrer l'indépendance
Quand on y pense
C'est y en France
C'est comme en France   

Le tour de l'île
Quarante-deux milles
Comme de vagues les montagnes
Les fruits sont mûrs
Dans les vergers
De mon pays

Ça signifie
L'heure est venue
Si t'as compris

 


Depuis les années 1960, le nom de Félix Leclerc fut donné à plusieurs écoles, rues, routes et édifices québécois.


AUDIOS

  1. Le p'tit bonheur

  2. Moi, mes souliers

  3. Le train du nord

Sources : 


Merci Félix


Voir aussi :

INTERDIRE LA LANGUE FRANÇAISE AU QUÉBEC

Félix Leclerc, biographie

 

 

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