Approche commune

Les gouvernements dilapident nos richesses en cachette

Louise Émond, Lafontaine, Québec.
Le Quotidien 

Le mardi 30 juillet 2002

De passage au Saguenay—Lac-Saint-Jean pour des vacances, j'ai entendu parler d'une entente ou traité entre nos deux gouvernements et un troisième en formation qui regroupe les dirigeants de neuf communautés autochtones du Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord , les Innus.

En gros ce traité cède aux Innus un territoire de 298 350 km2 situé entre la Mauricie et le Labrador, du fleuve Saint-Laurent au Réservoir Caniapiscau (ce qui englobe les régions du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Charlevoix, Tadoussac et la Côte-Nord, ainsi qu'une partie de l'Île Anticosti). Sur ce territoire, les Innus pourront pratiquer les activités traditionnelles ou contemporaines rattachées à leur culture nationale, même si les négociateurs «...ont résolu de ne pas définir les droits ancestraux.» Donc on pourra toujours réclamer davantage.

Structures

Les Innus pourront aussi instaurer un «système de justice innu ... sur leur territoire... prévoir l'organisation d'un tribunal dont les décisions seront exécutoires au Québec». Afin de permettre l'organisation de toutes les structures nécessaires à la gestion de ce territoire appelé Nitassinan, le gouvernement du Québec propose la coquette somme de 102,5 millions $ en indemnités pour les développements passés dont ceux relié à l'hydroélectricité. Quant au gouvernement du Canada, il devra donner 275,5 millions $. Ces montants seront versés à la signature du traité et portent intérêt depuis le 1er janvier 2002. Cette entente n'empêche pas les Innus de participer aux programmes existant des gouvernements et ceux destinés spécialement aux autochtones et d'en bénéficier comme ils l'ont toujours fait (exemption d'impôt, de taxes, etc.). Il est à noter que présentement rien n'est précisé au sujet des terrains privés, municipaux, réserves écologiques, parc gouvernementaux, etc... C'est à venir.

Redevances

Enfin, «les Innus auront droit à une part des redevances perçues par le Québec sur les ressources naturelles de tout ce territoire. «La définition de cette part sera fixée dans le traité, mais ne sera pas inférieure à 3%.» Pourtant le régime seigneurial a été aboli au Québec au milieu du XIXe siècle. Pourquoi créer deux catégories de citoyens vivant sur un même territoire où tous doivent contribuer à la richesse collective? Pourquoi les non-autochtones deviendraient-ils censitaires sur leur propre territoire? Toutes ces informations sont consternantes et on est en droit de se demander si les autres groupes autochtones emboîteront le pas et ce qui restera du Québec actuel.

Est-il possible qu'un gouvernement permette à 16 000 personnes de déposséder sans même les consulter (enfin une bonne raison de faire un référendum) 8 millions de Québécois de ce qui leur appartient aussi et qu'ils ont contribué à construire?

À tous les Innus je demande quelle fut leur contribution au développement du Québec actuel et quand vont-ils à leur tour nous dédommager pour toutes les améliorations apportées à leur qualité de vie et leur enrichissement collectif.

Quant à vous, nos dirigeants, quand cesserez-vous d'avoir peur de vous affirmer et d'être trop conciliants ? Vous avez été élus pour représenter les intérêts de tous, et non pour nous vendre à une minorité par le biais d'un traité gardé bien secret.. Ne serait-il pas temps que les autochtones assument leurs responsabilités et contribuent à développer le Québec?

 

 

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