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Les Hospitalières de Saint-Joseph en Nouvelle-France

 

Jérôme Le Royer et Marie de la Ferre

La grâce du 2 février 1630 (Cf. Faits et gestes, p.1) appelle Jérôme Le Royer à une vocation si peu commune qu'il met deux ou trois ans avant d'arriver à l'abandon total entre les mains de Dieu. Comment, lui, jeune père de famille et humble collecteur d'impôts peut-il fonder une communauté de filles consacrées au soin des pauvres malades? Les années 1630-1633 sont des années d'incertitude et d'hésitation. À la suite d'une maladie grave interprétée comme un signe de Dieu, Jérôme se réconcilie avec l'inspiration reçue de Dieu et prend la décision irrévocable de lui être fidèle. Parce qu'il est un homme de foi et d'action, sa «conversion» le porte à agir sans attendre que le chemin à suivre soit clairement tracé.

Une première étape s'impose : rénovation de l'Aumônerie Sainte-Marguerite qui tient lieu de Maison-Dieu; la bâtisse est dans un état lamentable et ne peut accueillir qu'un petit nombre de malades. De plus, il faut donner de l'aide aux trois servantes laïques qui partagent leur temps entre le soin des malades et la quête en ville pour assurer l'entretien et la nourriture des pauvres. Jérôme Le Royer prend une part très active dans la rénovation de l'Hôtel-Dieu qui se réalise en dépit de nombreuses oppositions et difficultés.

Une deuxième étape est franchie en mai 1636 quand Marie de la Ferre et Anne Fourreau viennent vivre avec les trois servantes de l'Hôtel-Dieu pour se mettre avec elles au service des malades (Cf. Faits et gestes, p. 26). Ce petit groupe devient membre de la Confrérie de la Sainte-Famille organisée par Jérôme Le Royer au début de l'année. Dans son esprit, cette confrérie est le premier pas vers la fondation des Filles de Saint-Joseph à qui, il l'espère, sera confié le soin des malades du nouvel Hôtel-Dieu en construction. Cependant, telle n'est pas l'opinion du Conseil de ville qui désire la venue à La Flèche d'un Ordre religieux entraîné dans le soin des malades. Jérôme Le Royer se plie à la volonté des autorités municipales et, en leur nom, fait les démarches nécessaires. Or, devant l'impossibilité de trouver des hospitalières formées, on accepte finalement les services de Marie de la Ferre et de sa petite communauté.

Le contrat signé le 23 décembre 1639 autorise ces «filles séculières» à «vivre en la maison de Dieu sans cependant faire profession de l'état religieux» (Cf. Faits et Gestes, p. 27) . Mgr de Rueil, évêque diocésain, a jugé préférable de retarder l'érection canonique de la communauté naissante composée de cinq personnes d'âge mûr; les «Filles» auront pendant sept ans les statuts de la Confrérie de la Sainte-Famille comme règle de vie (Cf. Positio Marie de la Ferre, p. 136).

La Flèche à Ville-Marie

En 1641, M. de la Dauversière confie à Jeanne Mance le soin de construire un Hôtel-Dieu sur l'île de Montréal. Cependant, il est entendu que, lorsque les circonstances le permettront, les Filles de Saint-Joseph de La Flèche viendront y soigner les malades et les blessés; Jeanne Mance gardera l'administration de l'Hôtel-Dieu jusqu'à sa mort.

Le projet commence à se concrétiser en mars 1656 par la signature d'un contrat entre les Associés de Montréal et les Hospitalières de Saint-Joseph. Or, les Filles s'engageant à soigner les malades gratuitement, Jeanne Mance ne peut les accueillir tant que leurs moyens de subsistance ne seront pas assurés. Par contre, à la suite d'une chute sur la glace au début de 1657, Mlle Mance a absolument besoin d'aide. Elle entreprend, en septembre 1658, un voyage en France pour obtenir de madame de Bullion une fondation destinée aux Filles de Saint-Joseph dont elle venait solliciter le départ pour Montréal.

Cependant, de graves obstacles retardent le départ des trois soeurs désignées par Jérôme Le Royer pour Ville-Marie. Mgr de Laval, nouvellement nommé vicaire-apostolique en Nouvelle-France, et M. de Queylus, supérieur des Sulpiciens de Ville-Marie, ne veulent pas d'autres Hospitalières que celles de l'Hôtel-Dieu de Québec (les Augustines). M. de Queylus a même osé envoyer deux d'entre elles à l'Hôtel-Dieu de Montréal, et ce juste avant le départ de Jeanne Mance pour la France en 1658.

De son côté, Mgr Henry Arnauld refuse d'accorder les obédiences pour Montréal à des Filles « non clôturées ». En mai 1659, il convoque, à La Flèche, le premier chapitre général des Filles de Saint-Joseph et fait adopter la « clôture rigoureuse » . Cette décision se situe dans le mouvement de réforme enclenché par un groupe de soeurs qui, appuyées par leur évêque, désirent « être clôturées » afin d'être reconnues comme de « véritables religieuses ». Les trois missionnaires sont alors autorisées à partir, mais elles devront se « clôturer » .

Enfin, le 1er juin 1659, les soeurs Judith Moreau de Brésoles, Catherine Macé et Marie Maillet quittent La Flèche dans des conditions dramatiques (Cf. Faits et gestes, p. 14). Embarquées à La Rochelle le 2 juillet, elles arrivent à Québec le 7 septembre. Mgr de Laval leur demande encore de s'agréger aux Hospitalières de Québec, mais face à leur détermination, il leur accorde leur obédience pour Ville-Marie où elles arrivent le 20 octobre 1659.

Les Filles de Saint-Joseph à Montréal

À leur arrivée à Montréal à l'automne 1659, les soeurs Judith Moreau de Brésoles, Catherine Macé et Marie Maillet trouvent refuge chez Mlle Mance car leurs appartements ne sont pas prêts à les recevoir. Les Montréalais viennent les saluer en grand nombre puis, elles-mêmes consacrent deux jours à visiter les quelque 40 familles de la ville naissante. Ensuite, une fois installées dans leur pauvre Hôtel-Dieu, elles adoptent une « clôture rigoureuse », se conformant ainsi aux décisions adoptées avant leur départ de France.

La vie dans un pays nouveau se présente dans toutes ses réalités: rigueur du climat canadien, alimentation «étrange» et très frugale, « danger iroquois ». En 1660, les soeurs font face à une réalité encore plus cruelle: la mort de leur fondateur, sa ruine financière et la perte de leur « fondation de 20 000 livres » obtenue de Mme Bullion par Jeanne Mance. Privées de toutes ressources, les trois soeurs sont invitées par Mgr de Laval à s'incorporer aux Hospitalières de Québec ou à retourner en France. Soeur Marie Morin écrit qu'elles refusent ces propositions « en se résolvant de vivre et mourir dans ce cher pays et terre de Ville-Marie, dans la confiance que sa sainte providence pourvoirait à leurs besoins... » Soutenues par Maisonneuve, Jeanne Mance et les Messieurs de Saint-Sulpice, les Filles Hospitalières demeurent inébranlables. Et de fait, des bienfaiteurs viennent au secours des soeurs : Pierre Chevrier, baron de Fancamp, Mme d'Ailleboust, René Macé, p.s.s., frère de soeur Catherine Macé, et bien d'autres.

Mgr de Laval refuse cependant d'accorder le décret d'érection canonique à des Filles à voeux simples. Cette décision occasionne la pénurie des vocations et compromet l'avenir de la communauté. De fait, parmi les aspirantes qui se présentent de 1659 à 1673, seules Marie Morin et Catherine Denis persévéreront; elles sont les seules professes canadiennes dans l'Hôtel-Dieu de Ville-Marie pendant 14 ans. Entre-temps, en France, l'Institut de Filles de Saint-Joseph devient, le 8 janvier 1666, la Congrégation à voeux solennels des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph. Informées que leurs compagnes de France prononcent graduellement les voeux solennels, les missionnaires canadiennes désirent suivre leur exemple le plus tôt possible. Après un « deuxième noviciat » sous la direction d'une religieuse arrivée de France en 1669, les soeurs de Montréal prononcent les voeux solennels en 1671. Au nom de l'Église, Mgr de Laval reconnaît alors officiellement la communauté des Religieuses Hospitalières de Montréal. Les vocations se font dès lors plus nombreuses : vers 1684, elles sont une vingtaine de soeurs à vivre dans l'Hôtel-Dieu « bien froid et trop petit », selon soeur Marie Morin.

(Source : Georgette Desjardins, r.h.s.j.)


Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal

201, avenue des Pins Ouest
Montréal (Québec)
H2W 1R5

(514) 849-2919
(514) 284-3545

Courrier électronique

Description:

Le Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal relate l'histoire des Hospitalières de Saint-Joseph et leur mission auprès des malades, avec comme toile de fond l'histoire de Montréal. De plus, le musée rend hommage à Jérôme Le Royer de La Dauversière, initiateur de la fondation de Montréal, et à Jeanne Mance qui a contribué à sa réalisation et a fondé l'Hôtel-Dieu.

Discipline(s)/Secteur(s) d'activité(s):

Histoire
Religion

Collection(s):

patrimoine mobilier, immobilier et archivistique des Hospitalières de Saint-Joseph


Visitez le site des

Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph


Voir aussi :  

Jeanne Mance

 

 

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