Pierre Dugua de Mons (1558-1628)

 

Un nouveau regard sur la fondation de Québec 

Derrière Champlain, il y avait Pierre Dugua de Mons...

Roger Vallières et Marc Beaudoin

le 12 janvier 2004

Le 22 février 2003 marque le 375e anniversaire du décès de Pierre Dugua de Mons, l'homme d'affaires qui a eu la vision politique, les talents et les moyens nécessaires pour envoyer Samuel de Champlain fonder Québec et ainsi créer, à même sa fortune, une France nouvelle en Amérique.

Dans son Histoire de la Nouvelle-France, l'historien Marcel Trudel écrit : « sans lui, on peut présumer qu'il n'y eût pas eu Champlain. » Et qui sait si Québec et tout le Canada auraient été fondés français? De plus, l'historien français Émile Ducharlet ajoute dans Samuel Champlain, enfant de Brouage, Hommage au fondateur de Québec « parler de l'œuvre de Champlain sans mentionner la part prise par Dugua de Mons relèverait d'une totale méconnaissance de l'histoire ou de la plus invraisemblable mauvaise foi ».

Et pourtant, si la mémoire populaire n'a pas retenu son nom, c'est sans doute à cause des antagonismes religieux et des premiers historiens, des religieux catholiques, qui ont privilégié le rôle et les écrits du catholique Samuel de Champlain au détriment du calviniste Dugua de Mons dans l'histoire des débuts de la colonisation française en Amérique du Nord.

Ce colonisateur est né à Royan (Charente-Maritime) vers 1558. Henri de Navarre le remarque lors des guerres de religion où ce calviniste se distingue à la défense de Dieppe. La paix revenue, Henri IV lui accorde une pension et le titre de gentilhomme de la chambre du roi. En 1599, Dugua accompagne Pierre Chauvin à Tadoussac, où il s'initie à la traite des fourrures. À son retour, il est déterminé à donner à la France une colonie stable en Amérique. En 1603, Dugua conçoit un plan de colonisation en sept articles qu'il soumet au roi. Peu après et malgré l'opposition de l'intendant Sully, Henri IV accorde au sieur de Mons le mandat de fonder une première colonie de peuplement en Amérique du Nord et l'investit du titre de lieutenant-général en Acadie et en Nouvelle-France. En contrepartie, le sieur de Mons doit s'engager à créer, à ses frais, une colonie stable. Pour l'aider dans une entreprise aussi risquée et coûteuse, le roi accorde à Dugua le monopole du commerce des fourrures dans le territoire qui lui est concédé. Le défi est de taille !

En 1604, Dugua de Mons vient en Acadie, en compagnie de Samuel de Champlain à titre de cartographe et explorateur, et y fonde la colonie de l'île Sainte-Croix (Maine). Après un hiver désastreux, il transplante son établissement à Port-Royal (Annapolis Royal, N.-É.), en 1605. Après la révocation de son monopole en 1607, Dugua de Mons doit fermer Port-Royal. Mais sa ténacité et l'encouragement de son jeune collaborateur, Champlain, amènent Dugua de Mons à demander et obtenir un nouveau monopole, limité à 1608, lui permettant ainsi de poursuivre son œuvre de colonisateur. Dugua de Mons demeure en France pour relancer et défendre son projet de colonie. Il cherche un site plus facile à défendre et moins exposé aux flottes étrangères. Champlain lui conseille d'établir sa colonie à Québec.

La fondation de Québec

Contrairement à une croyance populaire tenace, Champlain n'était pas seul pour fonder Québec : il y a, avec et derrière lui, son supérieur hiérarchique et commanditaire, Pierre Dugua de Mons. En effet, dès le printemps de 1608, celui-ci forme une nouvelle compagnie commerciale et reprend son œuvre de marchand-colonisateur. Il affrète deux navires, dont le Don-de-Dieu qu'il remplit de provisions pour une année, d'armes et des matériaux nécessaires à la construction d'une habitation fortifiée. Il prend soin de recruter lui-même les premiers 27 colons-artisans, il assure leur rémunération et celle de Champlain. Dugua désigne ce dernier comme son lieutenant avec les pouvoirs exécutifs voulus et lui donne les moyens financiers nécessaires à l'établissement de la colonie. Dugua de Mons assurera la subsistance de Québec de 1608 à 1613, et il sera associé aux différentes compagnies qui suivront.

C'est pourquoi l'historien Jean Glénisson a pu écrire : « Au moment où tout semblait perdu pour la France en Amérique, c'est à Pierre Dugua que la Nouvelle-France doit sa survie. » Ainsi, la fondation d'une colonie permanente à Québec est bel et bien l'œuvre commune du lieutenant-général Dugua de Mons et de son lieutenant Samuel de Champlain, une réalité historique méconnue.

Vers les célébrations de 2008

L'anniversaire que nous soulignons aujourd'hui marque une étape importante en vue des grandes fêtes commémoratives de 2008, où Pierre Dugua de Mons devra retrouver la place qui lui revient à côté de Champlain. Déjà, depuis 1999, on peut lire, à la place Royale de Québec, la plaque historique qui apporte la reconnaissance officielle par la ville et le gouvernement du Québec du « rôle de premier plan » joué par Dugua de Mons dans la fondation de Québec de 1608 à 1612. Il faut souhaiter que bientôt une rue du Vieux-Québec porte son nom, si possible à proximité du boulevard Champlain, pour symboliser leur œuvre commune, ainsi que la réalité historique retrouvée.

Enfin, et puisque l'histoire commence à reprendre sa place dans les programmes scolaires, reste à espérer que les enseignants et les manuels scolaires donneront à Dugua de Mons la place qui lui revient aux côtés de Champlain. Les responsables des fêtes du 400e de Québec pourraient peut-être jouer un rôle exemplaire dans ce sens.

Les auteurs sont respectivement président de la Société historique de Québec et de la Fédération des sociétés d'histoire du Québec

Source : Le Soleil

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Voir aussi : Samuel de Champlain

 

 

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