Le vendredi 20 juin 2002 Nous reproduisons le
texte de l'allocution de Pierre Bourgault, premier lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme,
en 1997. Mes chers amis, ne soyons pas modestes, je pense que nous avons bien travaillé. Il y a quelque chose de miraculeux dans l'acharnement obstiné du peuple québécois à vivre en français en Amérique du Nord. De génération en génération, nous avons réussi maintes fois à transformer des défaites en victoires, à repousser les limites du possible pour nous incarner solidement dans cette terre que nous partageons aujourd'hui avec tous ceux qui étaient là avant nous et avec tous ces autres qui nous ont rejoints depuis. Nous avons souvent hésité, souvent tergiversé, souvent douté, mais nous avons toujours réussi à rendre possible ce qui était nécessaire. Aujourd'hui, nul n'en disconviendra, nous sommes là «pour rester». Je pense que ma génération n'a pas démérité de celles qui l'ont précédée; il y a quarante ans, les plus pessimistes ne donnaient pas cher de notre peau; notre pays ne nous appartenait pas beaucoup et notre langue ne servait pas à grand-chose. Et soudain, tout est redevenu possible, soudain nous nous sommes mis à rêver de nouveau et soudain, nous avons décidé de transformer notre rêve en réalité. Oui, je pense que nous avons bien travaillé! Nous avons voulu changer le Québec et nous l'avons changé. Aujourd'hui, nos enfants de toutes origines se retrouvent dans notre langue commune et savent que le français, s'il nous isole en Amérique du Nord, nous ouvre aussi tous les horizons à travers le monde. Ils savent que quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l'hégémonie d'une seule. Nos enfants savent que nous sommes là «pour rester». Ce pays est vivant et il est libre, l'héritage est intact. Quant à moi, si j'ai pu dire ce que j'ai dit et si j'ai pu faire ce que j'ai fait, c'est qu'il y avait tout un peuple avec moi qui me soufflait les mots et qui m'inspirait les gestes. Ce que j'ai fait, je l'ai fait avec plaisir et je reste convaincu que j'y ai gagné ma liberté. Source : OQLF |