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Position du
MEF sur le français à l'Université de Sherbrooke |
Le vendredi 8 novembre 2001
Madame Julie Dionne
Fédération étudiante de l'Université de Sherbrooke (FEUS)
Objet: Projet de politique linguistique institutionnelle à l'Université de Sherbrooke
L'élaboration, par la FEUS, d'une politique linguistique institutionnelle en instance d'approbation est une pièce majeure dans le contexte universitaire
québécois. Au nom du Mouvement estrien pour le français (MEF), je désire exprimer notre profonde satisfaction et nos félicitations.
Cernant très bien le problème, le projet suscite deux réactions de notre part.
1. Une prise de position
À la suite de la présentation des idées maîtresses de ladite politique,
notre groupe a pris connaissance approfondie du texte LE FRANÇAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE, par Charles-Xavier Durand (Université de
technologie de Belfort-Montbéliard), texte dont vous avez copie. C'est un argumentaire de premier ordre à s'approprier. Les délibérations qui ont suivi ont conduit
le conseil d'administration à adopter la résolution suivante: Le MEF
considère que le français est et doit continuer d'être une langue
internationale vivante dans tous les domaines y compris dans le domaine scientifique.
Car pendant qu'un chercheur francophone est occupé à posséder
l'anglais, proclamé artificiellement langue de la science, il ne 'cherche' pas, ce qui diminue son efficacité.
Charles-Xavier Durand ajoute: «Comment ceux qui n'apprendront pas à maîtriser cette langue seconde autant que leur
langue maternelle pourraient-ils espérer, dans des domaines de pointe, faire autre chose que d'oublier leur propre tradition de recherche et rester en
admiration devant les succès scientifiques anglo-saxons (qui travaillent dans leur propre langue) en utilisant une langue seconde qui, faute d'être
maîtrisée au même degré de finesse que leur propre langue maternelle, ne leur permettra jamais de participer à un compétition mentale dans des
conditions strictement égalitaires.»
À l'appui de notre prise de position, nous avons également retenu l'exemple
du Japon entre autres. À savoir, l'obligation faite aux scientifiques subventionnés par l'État de publier d'abord en japonais. Il s'ensuit que les
citoyens japonais aux intérêts connexes (ingénieurs, autres chercheurs, etc.) profitent les premiers des travaux faits dans leur langue... avant «la
traduction et la diffusion de l'information aux puissances industrielles concurrentes».
Par ailleurs, la diversité culturelle, qui s'exprime également dans les
sciences, peut être invoquée pour s'opposer à l'impérialisme linguistique angloétatsunien qui tente de réduire le français et toute autre langue
nationale ou internationale. L'imposition d'une langue unique, l'anglais, peut s'apparenter à la monoculture. Il y a risque à terme de créer un
appauvrissement sinon un déséquilibre écologique humain en enrayant le bouillonnement créateur propre à chaque culture. Sous cet angle, il n'est
pas question de brimer quelque culture que ce soit en lui imposant une langue étrangère.
2. Une suggestion
Le point précédent veut introduire un léger bémol à un constat énoncé au
deuxième paragraphe de la recommandation 2 du projet de la FEUS: «Bien sûr, la FEUS ne souhaite pas cacher la tête de ses membres dans le sable ou nier
que la langue des communications scientifiques soit l'anglais.» Cette dernière affirmation semble concéder un peu trop vite à la fatalité. À la
lumière des réflexions contenues dans LE FRANÇAIS, UNE LANGUE POUR LA SCIENCE, ne pourrait-on pas tempérer l'affirmation consacrant l'anglais?
Nous osons vous suggérer une formulation du genre suivant: «Bien sûr, la FEUS ne souhaite pas [...]
nier que l'anglais cherche à s'imposer comme langue des communications scientifiques et cherche ainsi à marginaliser toutes les
autres langues internationales ou nationales. Il est quand même certain que
les futurs professionnels que forme l'Université de Sherbrooke ont grand avantage à connaître les bases de la langue anglaise
et de toute autre langue de leur choix. Mais, avec les moyens actuels conventionnels et électroniques
de traduction, il n'y a aucune raison pratique et théorique qui empêche un scientifique d'utiliser sa langue maternelle, surtout quand elle est
internationale comme le français, pour approfondir son champ de compétence, pour communiquer le résultat de ses recherches... et pour en faire profiter
d'abord les siens.» Durand souligne que «si l'on déclare une seule langue
"internationale", les autres, implicitement, ne le seront pas et verront instantanément leur utilité réduite.»
En concordance avec la réserve émise ci-dessus, nous osons
suggérer de rayer la deuxième phrase expliquant la recommandation 6 et se lisant: «De plus,
nous avons déjà mentionné que l'anglais a pris la place du latin comme langue internationale des communications.» Cette idée pourrait cependant
être partiellement récupérée... après les modifications proposées comme deuxième phrase de ce premier paragraphe: «Dans un contexte de
mondialisation, l'Université de Sherbrooke serait mal venue de limiter l'apport de ses étudiantes et étudiants au monde actuel en ne favorisant pas
le dynamisme créateur propre à chaque culture dont la culture française. Par ailleurs, notre université n'ignore pas que l'apprentissage de l'anglais et
de toute autre langue est un enrichissement personnel important et l'encourage.» Ceci n'exclut donc aucunement les cours de langue. (Note:
Pourquoi l'ouverture aux autres par la pratique du bilinguisme ou multilinguisme n'incomberait-elle pas aussi aux anglophones?)
À l'instar de Charles-Xavier Durand, le MEF considère qu'il y a des
conséquences graves pour le français à rendre cette langue muette en science, ce haut lieu d'expression des nations contemporaines, et en tout
autre domaine des activités humaines. La FEUS, par son projet de politique linguistique institutionnelle, démontre un sens des responsabilités
culturelles peu commun. L'Université de Sherbrooke devrait s'empresser de reconnaître la présente proposition et ainsi se situer à l'avant-garde.
Au niveau mondial, le plurilinguisme scientifique a toujours été la règle et ne fut certes pas un obstacle au développement. Au contraire. Pourquoi n'en
serait-il pas encore ainsi aujourd'hui et à l'avenir? Les peuples divers doivent pouvoir compter sur l'université, la fine fleur de leurs
institutions culturelles, pour résister au carcan linguistique artificiel que veut devenir l'anglais. Sous peine de déviation, en science comme
ailleurs, elle doit être le reflet culturel du peuple qui la soutient. À l'université francophone, doit donc prévaloir sans compromis le français et
le français de qualité, y compris dans la recherche et les communications scientifiques. Bravo à la FEUS pour avoir si bien compris la mission
culturelle francophone de l'Université de Sherbrooke et pour la promouvoir concrètement en proposant une politique linguistique institutionnelle.
Le Mouvement estrien pour le français souhaite à la FEUS très bonne chance pour la suite des choses.
Rodrigue Larose
Vice-président du Mouvement estrien pour le français
P.-S.: La recommandation 9 pourrait se terminer ainsi: «[...] pédagogique; sinon, que la mention "succès" apparaisse.»
Voir aussi :
Les
étudiants demandent une politique du français à l'Université de
Sherbrooke
Le
français, une langue pour la science
Le français, langue scientifique?
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