Statut et qualité du français dans les sciences: un partenariat indissociable

 

JOURNÉE THÉMATIQUE SUR LA QUALITÉ DE LA LANGUE

UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

Monique C. Cormier

Département de linguistique et de traduction

Université de Montréal

19 janvier 2001

Résumé

Reconnaître que l’anglais est la nouvelle lingua franca des sciences, après le grec, le latin, l’arabe et le français, est loin de signifier que les autres langues n’ont plus qu’à baisser pavillon devant lui et qu’à lui céder toute la place. Là où l’anglais a délogé le français, c’est dans la diffusion des résultats de recherche au sein de la communauté scientifique. Mais ce n’est pas le cas, et ce ne doit pas être le cas, dans le développement de la pensée scientifique, la formation de la relève et la communication générale des connaissances, qui, eux, peuvent très bien se faire en français. Cette distinction acceptée, il reste aux pouvoirs publics et aux établissements d’enseignement supérieur de langue française à prendre toutes les dispositions, notamment par la voie de politiques linguistiques, pour bien ancrer le français dans le champ de la production et du transfert des connaissances. La qualité du français dans les sciences dépend avant tout du statut que nous saurons lui conférer dans ce domaine.

La situation du français dans les sciences préoccupe le Québec et le reste de la francophonie depuis une vingtaine d’années. De fait, le Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences de France, Paul Germain, dans un rapport présenté au Premier ministre, en 1990, fait remonter la «prise de conscience de la situation du français comme langue d’expression scientifique et technique et des perspectives inquiétantes de son évolution» (Germain 1990 : 28) au colloque international intitulé «L’avenir du français dans les publications et les communications scientifiques et techniques», qui se tenait à Montréal en novembre 1981. Ce colloque sera suivi en 1989 d’un autre colloque international, cette fois à Paris, et enfin d’un troisième, en 1996, à Montréal, sur le thème «Le français et les langues scientifiques de demain» 1 . En 1999-2000, la Délégation générale à la langue française (DGLF) de France inscrira parmi ses priorités la question du français dans le domaine scientifique.

1 Pour les actes de ces colloques, voir Lapointe (1983), Cassen (1990) et Conseil de la langue française (1996).

 Une étude attendue incessamment devrait aider la DGLF à orienter sa politique en faveur du français scientifique 2 . Au cours de ces vingt ans, des deux côtés de l’Atlantique, que ce soit au Québec, en France ou en Belgique, différents groupes de travail seront créés dans le but de présenter des recommandations à diverses instances sur le français dans les sciences, recommandations qui seront tantôt suivies, tantôt ignorées. Aujourd’hui, la question que nous posons n’est plus «quelles langues pour la science ?», comme on la posait il y a dix ans 3 , mais plutôt «comment maintenir et promouvoir le français dans les sciences ?».

Le colloque d’aujourd’hui porte sur la qualité de la langue. Mais comment parler de qualité dans le français des sciences, alors qu’il n’a, au Québec, aucun statut, pour ainsi dire.

Pour répondre à la question que je soulève, il me faudra d’abord, à l’instar d’autres chercheurs, notamment Jacques Maurais (1999 : 66-67), poser que «la qualité du français viendra d’une hausse de son statut» et que «le travail sur la seule qualité, sans couplage avec une intervention pour affermir le statut, se révélera en grande partie stérile». En d’autres termes, statut et qualité du français dans les sciences sont indissociables. Il y a une autre partie de l’équation qu’il faut ajouter, mais dont je ne traiterai pas ici, c’est la vigueur de l’activité scientifique. On comprendra aisément que statut et qualité d’une langue scientifique, quelle qu’elle soit, sont fonction du dynamisme de l’activité scientifique produite dans les États où cette langue est pratiquée. Enfin, on pourrait parler aussi de l’importance de la collaboration avec les pays de la francophonie, car la qualité du français dans les sciences en dépend également. Mais aujourd’hui, je me limiterai à faire un bref bilan de la situation du français dans les sciences, à exposer ensuite les enjeux qu’entraînerait une attitude de laisser-faire. Je terminerai avec une proposition de stratégies d’intervention à la fois sur le statut et sur la qualité du français dans les sciences.

2 Voir Délégation générale à la langue française (2000), chapitre IV.

3 Voir Cassen (1990).

1. Le bilan

Pour mieux comprendre le bilan que je présenterai à l’instant, je rappellerai d’abord les deux principales missions que l’on reconnaît 4 à la communauté scientifique :

• diffuser à la communauté internationale les découvertes et les résultats des recherches menées;

• assurer le transfert de ses connaissances à l’ensemble des citoyens.

1.1 La communication scientifique ou primaire

La première mission concerne les chercheurs d’une discipline entre eux. Les supports dans lesquels ils publient sont soit des revues de communication primaire, c’est-à-dire des revues qui présentent des faits scientifiques nouveaux et qui sont destinées à la communauté scientifique internationale, ou encore des actes de colloque destinés au même public. Le constat que l’on peut faire est que l’anglais est le plus souvent la langue utilisée pour communiquer oralement et par écrit les résultats des recherches. Comme l’ont souligné les auteurs d’un rapport présenté par l’Académie des Sciences au ministre français de la Culture, en 1998, «cette situation est irrémédiable, irréversible. Il y va de la réputation […], de la notoriété internationale des chercheurs et par suite de leur évaluation et de leur carrière.» Toutefois, l’anglais n’atteint pas également toutes les disciplines.

Selon une étude réalisée par Benoît Godin et François Vallières (1995 : 14) en 1995 pour le Conseil de la langue française et le ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie, l’anglais est omniprésent dans la production scientifique québécoise en sciences naturelles, en génie et en sciences biomédicales, mais il est moins présent dans les sciences sociales ainsi que dans les arts et les lettres. Ainsi, la part du français en sciences naturelles, en génie et en sciences médicales n’était que de 1,8 % en 1993 (après avoir été de 13 % en 1980 et de 4,9 % en 1988), tandis qu’elle atteignait 16,4 % dans le cas des publications en sciences sociales et humaines.

4 Voir notamment Conseil de la langue française (1991 : 81) et Académie des Sciences (1998 : IX).

Il faut néanmoins signaler ici que ces pourcentages ont été établis à partir de la mesure fournie par le Science Citation Index (SCI) et le Social Sciences Citation Index (SSCI), deux instruments d’indexation américains constitués pour rassembler et diffuser l’information scientifique et qui ne répertorient pas la majorité des revues québécoises. Ces chiffres concernent davantage la productivité scientifique des chercheurs québécois sur la scène internationale que sur la scène québécoise.

1.2 Le transfert des connaissances

La diffusion de la science ne se fait pas uniquement par le biais des revues de communication primaire ou des actes de colloque. Elle se fait également par le moyen des revues de synthèse, c’est-à-dire des revues qui communiquent à des publics plus larges les principales avancées scientifiques récentes. Elle se fait aussi par le biais de la formation, des manuels, des documents, des revues de vulgarisation, des productions audiovisuelles et informatisées, etc. Et c’est ici qu’intervient la deuxième mission de la communauté scientifique : assurer le transfert des connaissances à l’ensemble des citoyens.

De ce côté, le peu de temps dont j’ai disposé pour préparer ce texte ne m’a pas permis d’avoir accès à des données précises, si seulement elles existent, pour appuyer mes observations, mais il semble que le français se maintienne : la science se pratique en français et les chercheurs sont encore formés en français. On observe cependant de plus en plus de glissements. Ainsi, des universités québécoises de langue française commencent à offrir des programmes en anglais dans certaines disciplines. Les manuels utilisés comme supports à l’enseignement sont très souvent en anglais. De plus en plus, on permet à des étudiants des cycles supérieurs de rédiger leur mémoire ou leur thèse en anglais. Dans certains laboratoires à majorité francophone, l’anglais est utilisé comme langue de travail. Et on pourrait multiplier ce genre d’exemples.

À notre époque, c’est surtout autour de cette deuxième mission que les enjeux se situent et non pas, comme peuvent le laisser croire des groupes de défense du français, autour de la première mission. Et ces enjeux ne sont pas négligeables comme j’aimerais vous le faire voir rapidement.

2. Les enjeux

Les enjeux s’articulent essentiellement autour du développement de la pensée scientifique, de la formation scientifique de la relève et du dynamisme de la langue française.

• Le développement de la pensée scientifique

Rien ne saurait remplacer la langue maternelle pour la clarté de la pensée et de l’expression. Il existe un danger réel d’appauvrissement de la pensée à créer des concepts dans une autre langue, sans compter la difficulté que peut représenter le transfert de connaissances, développées dans une autre langue, à des étudiants francophones. Comme le note à juste titre l’Académie des Sciences (1998 : 7) de France, «c’est un atout appréciable que de pouvoir utiliser sa langue maternelle, celle dans laquelle vous ont été transmis, dès la première enfance et tout au long de votre jeunesse, les fondements de votre pensée».

• La formation scientifique de la relève

Si nous ne sommes plus en mesure de dispenser aux jeunes une formation scientifique en français, que ce soit parce qu’une grande partie des cours est professée en anglais, que nous choisissons comme soutien à l’enseignement des manuels en anglais, plus diversifiés, plus récents, plus nombreux, ou parce que les meilleures sources de référence ne sont disponibles qu’en anglais, il y a fort à parier que, dans les années à venir, le français sera en régression, non seulement dans les milieux scientifiques, mais dans tous les milieux de travail, car les jeunes constituent des passerelles entre leur discipline et ses applications dans l’activité sociale quotidienne. Comment alors exiger un français de qualité si ce français diminue en importance ?

• Le dynamisme de la langue française

C’est également le dynamisme de la langue française qui sera touché. Si la science se fait en anglais, le français ne saura plus désigner le monde. Il nous revient de lui fournir les mots à naître, de préciser les termes scientifiques et de fixer pour chaque notion la meilleure désignation si nous ne voulons pas assister à l’appauvrissement de la pensée scientifique et de son expression.

3. Les stratégies d’intervention

Le bilan de la situation du français dans les sciences est préoccupant et cette situation exige que non seulement des mesures concrètes soient prises pour permettre aux francophones d’avoir accès à la science en français, mais qu’elles soient également prises rapidement.

3.1 Le raffermissement du statut du français dans les universités

Comment donc maintenir et promouvoir le français dans les sciences ? À mon avis, le maintien et la promotion du français dans les sciences passent inévitablement par un raffermissement du statut du français, notamment dans les universités, lieux importants de production de la science. Dans son rapport de janvier 1999 sur la qualité de la langue, Jacques Maurais (1999) a très bien cerné la problématique qui entoure le rôle de l’institution scolaire comme moteur de l’amélioration de la qualité du français au Québec, notamment celui de l’université.

Tout comme lui, il me paraît évident que seule la mise en place d’une politique linguistique dans les universités, qui comprendra non seulement les éléments requis pour la gestion des activités linguistiques, mais également des dispositions favorisant l’amélioration de la qualité de la langue, pourra garantir le maintien et la promotion du français en général, et en particulier dans les sciences. J’insiste ici sur le fait qu’il ne s’agit pas uniquement d’une politique de la maîtrise du français par les étudiants, mais bien d’une politique linguistique globale, qui touche tous les aspects de la vie universitaire. Beaucoup de personnes ne perçoivent pas la distinction majeure à faire ici : une politique de la maîtrise du français par les étudiants, comme il peut en exister dans certaines institutions d’enseignement, est partie intégrante d’une politique linguistique globale, mais elle ne saurait en tenir lieu. Il me paraît également clair qu’il revient à chaque université, en tenant compte de ses spécificités, d’élaborer sa propre politique linguistique : à titre d’exemple, on ne saurait comparer la situation du français à l’Université de Montréal à celle de l’Université du Québec à Chicoutimi, même si toutes deux subissent des pressions semblables de la part de l’anglais, notamment en ce qui a trait à l’utilisation de manuels en anglais dans certains domaines comme supports à l’enseignement.

Par ailleurs, il serait vain de vouloir faire porter toute la responsabilité de l’usage du français dans les sciences sur les seuls scientifiques. Une politique linguistique institutionnelle devrait exprimer la volonté d’une université d’adhérer aux objectifs de la Charte de la langue française et de jouer un rôle exemplaire par rapport à la promotion du français. Elle devrait décrire également les mesures que l’université entend prendre pour y arriver.

En quoi la politique linguistique d’une université pourra-t-elle avoir une influence sur le français des sciences? Sans entrer dans le détail d’une telle politique, j’esquisserai néanmoins ce que je considère être les éléments qui touchent plus précisément à la mission de l’université. D’une part, l’université devrait prévoir des dispositions en ce qui a trait à l’utilisation du français dans son fonctionnement administratif : je pense ici aux règles et normes déjà contenues dans la Charte de la langue française. D’autre part, elle devrait prévoir d’autres dispositions à titre d’établissement d’enseignement supérieur de langue française. Ces dispositions devraient porter sur quatre éléments intimement liés à la nature de son activité:

• La langue de l’enseignement

• Le recrutement du personnel enseignant

• La maîtrise et la qualité du français par les étudiants

• Les communications du personnel enseignant

 

La langue de l’enseignement

Il me paraît important de rappeler dans une politique linguistique institutionnelle que la langue d’enseignement est le français et cela à tous les cycles. Si l’emploi d’autres langues peut être envisagé pour certains enseignements aux cycles supérieurs, c’est-à-dire au niveau de la maîtrise et du doctorat, c’est en français que doivent être formés les jeunes et c’est en français qu’ils doivent recevoir leur formation initiale dans une discipline donnée. Ce message doit être clair et soutenu par les universités elles-mêmes.

Le recrutement du personnel enseignant

De plus en plus, les universités recrutent leurs professeurs à l’échelle mondiale. Cette pratique, qui permet de s’adjoindre les meilleurs candidats dans leur discipline, pose néanmoins le problème de la connaissance du français. Dans ces cas, il est impératif que les universités exigent non seulement l’apprentissage et la maîtrise du français dans un délai raisonnable, mais qu’elles en fassent également une condition d’obtention de la permanence. Il est aussi important qu’elles prennent les mesures appropriées pour permettre à ces candidats d’atteindre la maîtrise souhaitée.

La maîtrise et la qualité du français par les étudiants

Les universités ont également des responsabilités à assumer en ce qui a trait à la maîtrise et à la qualité du français oral et écrit utilisé par leurs étudiants. À cette fin, il est impératif qu’elles mettent sur pied des mesures diagnostiques et qu’elles développent des moyens concrets de venir en aide à leurs étudiants. L’exemple de l’École des Hautes Études Commerciales en cette matière, qui s’apprête à être suivi par l’Université de Montréal, est à retenir.

Les communications du personnel enseignant

Enfin, point névralgique, les communications du personnel enseignant. Si, par communications, on peut notamment entendre les communications électroniques des professeurs et des chercheurs, leur site Internet, je me limiterai ici à la question des articles et des publications et je ferai mienne l’une des recommandations du Conseil de la langue française (1991). D’abord, il serait important que les professeurs et les chercheurs accompagnent d’un résumé substantiel en français tout article publié en anglais dans des revues de communication primaire qui acceptent des résumés dans d’autres langues, de façon à favoriser la diffusion de la recherche en français. Pour ce qui est des articles de synthèse, il est primordial qu’ils soient publiés le plus souvent en français, car c’est par ce genre de textes que sont fréquemment initiés les étudiants à de nouvelles questions en matière scientifique. Comme le signale le Conseil de la langue française (1991 : 41), il s’agit également d’un « moyen très utile pour le maintien et l’accroissement de la terminologie et du vocabulaire scientifiques ». Là encore, une telle action permettrait aux étudiants de s’approprier la science en français. Dans les cas où les articles de synthèse sont rédigés en anglais, ils devraient également comporter un résumé en français. Des dispositions en ce sens existent déjà en France en vertu de la Loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française et, selon le Rapport au Parlement 2000 préparé par la DGLF (2000), «les obligations prévues par la loi sont dans l’ensemble bien respectées».

Des dispositions claires dans une politique linguistique institutionnelle sur les quatre éléments que je viens notamment d’aborder n’assureront pas à elles seules la survie du français dans les sciences. Elles devront en effet être appuyées par une instrumentation adaptée à l’expression scientifique en langue française.

3.2 Une instrumentation adaptée à l’expression scientifique en langue française

Pour pouvoir pratiquer la science en français, il faut disposer d’une instrumentation adaptée. Selon Claude Truchot (1996 : 167), ces instruments doivent «permettre une médiation entre le français et l’anglais». Du côté scientifique, il faut favoriser et encourager la rédaction d’ouvrages de synthèse en français. Il faut également encourager la rédaction de manuels en français comme supports à l’enseignement au premier cycle universitaire. À ce sujet, il faut maintenir des initiatives comme celle du ministère de l’Éducation qui, depuis 1978 au niveau collégial et 1997 au niveau universitaire, soutient l’élaboration d’ouvrages didactiques de premier cycle en langue française par le biais de son concours des Prix du ministre de l’Éducation. Du côté linguistique, il faut que les efforts gigantesques déployés au cours des années 1970 et 1980, notamment par l’Office de la langue française, pour recenser les terminologies techniques et scientifiques, soient renouvelés et qu’on procède le plus rapidement possible non seulement au rattrapage terminologique qui s’impose, mais également à la mise à jour de ces mêmes terminologies 5 . Par ailleurs, il est urgent qu’une collaboration étroite s’installe avec la communauté scientifique, qui est la principale intéressée. Enfin, il faudra faire preuve de créativité pour que ces terminologies soient implantées dans les milieux qui en ont besoin.

3.3 Une volonté claire de la part des pouvoirs publics de promouvoir le français dans les sciences

Les stratégies que je viens de présenter ne trouveront leur écho dans la communauté scientifique que si elles sont réellement appuyées par une manifestation claire de la part des pouvoirs publics de promouvoir le français dans les sciences. À cette fin, il est essentiel que toute politique de développement dans les sciences intègre la dimension du français, qu’elle comporte des mesures tantôt incitatives, tantôt obligatoires, et qu’elle soit appliquée avec vigilance.

4. Conclusion

Il est maintenant établi que la langue de communication primaire, ou langue de communication scientifique, est actuellement l’anglais, après avoir été le grec, le latin, l’arabe et le français. Mais la langue de communication est une chose et la langue des sciences en est une autre. Le défi, comme le rappelle Michel Serres (2000: 294), est double: il y va du renouvellement de la langue vernaculaire qui se fait, dit-il, en grande partie à partir du vocable scientifique. Pour demeurer vivant, le français doit pouvoir continuer de nommer les choses en français, d’ «exprimer et [de] rendre possible l’innovation», comme le rappellent Bernard Cerquiglini, Jean-Marie Klinkenberg et Jean-Claude Corbeil (2000 : 402). Ce défi est également pédagogique, affirme Michel Serres (2000 : 294), car «si à un certain moment tous les savants d’un pays donné ne connaissent les concepts que dans une langue étrangère, ils vont finalement enseigner aux enfants cette science dans cette langue». 

5 Il s’agit d’ailleurs d’une des recommandations du Conseil de la langue française (1991).

Voilà pourquoi si les institutions publiques que sont les universités doivent donner à leur corps professoral tout l’encouragement nécessaire pour que les résultats de leurs recherches soient connus de la communauté scientifique mondiale, connaissance qui s’acquiert principalement à travers la lingua franca qu’est l’anglais, elles doivent également prendre toutes les mesures, de concert avec les pouvoirs publics, pour que la production et le transfert des connaissances aux étudiants comme à l’ensemble de la population se fassent en français.

Comme on peut le voir, statut et qualité sont indissociables puisque la première qualité d’une langue est de nommer une réalité sans cesse en mouvement. Pour ce faire, elle doit pouvoir jouir d’un statut de prestige, statut dont le gouvernement et l’administration sont les premiers gardiens.

5. Références

Académie des Sciences (1998) : «Les publications scientifiques et techniques en langue française», Rapport n o 43, Paris, Édition Tec & Doc, XI + 41 p.

CASSEN, Bernard (dir.) (1990) : «Quelles langues pour la science?», Paris, Éditions de la Découverte, 266 p.

CERQUIGLINI, Bernard, CORBEIL, Jean-Claude et Jean-Marie KLINKENBERG (2000) : « @ comme @ demain», Bernard Cerguiglini, Jean-Claude Corbeil, Jean-Marie Klinkenberg et Benoît Peeters (dir.), «Tu parles ! ? Le français dans tous ses états», Paris, Flammarion, pp. 393-402.

CERQUIGLINI, Bernard, CORBEIL, Jean-Claude, KLINKENBERG, Jean-Marie et Benoît PEETERS (dir.) (2000) : «Tu parles ! ? Le français dans tous ses états», Paris, Flammarion, 415 p.

Conseil de la langue française (1991) : «La situation du français dans l’activité scientifique et technique», Montréal, Conseil de la langue française, XVIII + 100 p.

Conseil de la langue française (1996) : «Le français et les langues scientifiques de demain. Actes du colloque tenu à l’Université du Québec à Montréal, du 19 au 21 mars 1996», Québec, Gouvernement du Québec, 344 p. [Publication éditée sur support informatique]

Délégation générale à la langue française (2000) : «Rapport au Parlement 2000 sur l’application de la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française», Ministère de la Culture et de la communication, pag. multiple. [http://www.culture.fr/culture/dglf/rapport/2000/]

GERMAIN, Paul (1990) : «Le français dans les sciences et les techniques», Rapport présenté au Premier ministre lors de la séance plénière du Conseil Supérieur de la langue française le 19 juin 1990, 30 p.

GODIN, Benoît et François VALLIÈRES (1995) : «"Endangered Species" : une nouvelle estimation de la part du français dans les communications scientifiques », Rapport de recherche présenté au Conseil de la langue française et au ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie, II + 65 p.

LAPOINTE, Gérard (dir.) (1983) : Actes du colloque international «L’avenir du français dans les publications et les communications scientifiques et techniques», 3 vol., Québec, Éditeur officiel, X + 290 p, VIII + 287 p., VIII + 324 p.

MAURAIS, Jacques (1999) : «La qualité de la langue : un projet de société», Montréal / Québec, Conseil de la langue française, XIV + 356 p.

SERRES, Michel (2000) : «T comme Techniques et sciences. Entretien avec Michel Serres et Jean-Paul Poirier», Bernard Cerguiglini, Jean-Claude Corbeil, Jean-Marie Klinkenberg et Benoît Peeters (dir.), «Tu parles ! ? Le français dans tous ses états», Paris, Flammarion, pp. 289-303.

TRUCHOT, Claude (1996) : «La langue française en sciences. Un cas de figure : la situation linguistique des sciences en France», Conseil de la langue française, «Le français et les langues scientifiques de demain». Actes du colloque tenu à l’Université du Québec à Montréal, du 19 au 21 mars 1996, Québec, Gouvernement du Québec, pp. 159-167. [Publication éditée sur support informatique]

 

 

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